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Les Brand New Heavies, formation emblématique
de la scène Acid Jazz, donnaient début septembre trois
concerts au Jazz Café de Londres. Aucune présence
dans la presse, une affichette ridicule en guise de promo…L’heure
de gloire est définitivement révolue pour les chantres
du Brit-funk, malgré un nouvel album paru en début
d’année au Japon. Il n’empêche : leurs
trois dates affichaient sold out, et les Heavies ne semblent pas
encore prêts à baisser pavillon !
Les
occasions de voir de vrais orfèvres du groove n’étant
par les temps qui courent pas légion, un live des Brand New
Heavies, qui plus est dans leur fief londonien prend des airs de
pain béni. Pour peu qu’on soit un poil piqué
au son du label Acid
Jazz ça tient même du petit fantasme. C’est
donc tout fébriles qu’accompagné de mon partner
in funk, nous avons franchi la porte du Jazz Café, qui voit
à longueur d’année passer des Blackbyrds,
Terry Callier, Roy Ayers, Snowboy,
Incognito, Omar, JTQ,
et toute la clique londonienne échappée de l’écurie
de Monsieur Eddie (Piller bien sûr –cofondateur d’Acid
Jazz Records NDR). Sa seule programmation suffit à faire
de la salle un lieu de pèlerinage. Franchement, si l’équivalent
existe en France et plus particulièrement sur Paris, faites
tourner l’adresse, parce que même le New Morning ne
propose rien d’aussi alléchant.
La salle, plus large que profonde, est de taille modeste. A l’étage,
le resto accumule les tables où l’on sert de la bouffe
hors de prix et à priori pas au top, tandis que derrière
le zinc stylisé, on surfacture les bières sans vergogne…
Mais bon, l’ambiance monte tranquillement, le DJ maison envoie
du bon son pendant que les gens entrent au compte-gouttes. On bouge
la tête sur Heart’s desire de Don Blackman
en sirotant nos pints, salue de la tête Sir Bartholomew venu
prendre la température, lequel nous retourne la politesse
à la vue de nos T-Shirts frappés du logo Acid Jazz…Un
coup d’œil au tracklist scotché devant la Précision
d’Andrew Levy achève de nous mettre dans le mood, et
nous convainc de nous fendre de quelques livres de plus pour tomber
la veste au vestiaire, avant de retourner s’encanailler vers
le bar. Il doit bien être bière plus trois quand, une
bonne heure et demie après l’ouverture des portes les
Heavies foulent la scène du Jazz Café, une petite
tonne d’applaus en signe de bienvenue. S’ils ont quitté
les charts depuis belle lurette, les BNH savent toujours déplacer
les foules, à en juger par le taux de remplissage de la salle
! Le band est secondé par un clavier (Jamie Norton
, pensionnaire d’Incognito), un DJ de complaisance
(joli T-shirt siglé Mixwell, mais des scratches aussi inoffensifs
que dispensables), une choriste anonyme mais bougrement efficace,
et Nick Van Gelder aux percu (premier batteur de
Jamiroquai et membre de l’excellent Akimbo).
La section cuivres -dans laquelle on peut reconnaître Dominic
Glover & Nichol Thompson d’Incognito-
prend, elle, place au balcon :il faut donc que les souffleurs empruntent
l’escalier pour prendre leur chorus, façon guest de
luxe !

A dream come true ?
Pas de round d’observation, les Heavies cuvée 2003
attaquent directement par Have a good time, hymne funk
censé filer des frissons… mais ici un peu vendangé
par un mix fouillis. Qu’importe, le groove est là,
palpable. Dans l’assistance, les hanches sont parties, et
les têtes accompagnent le beat en signe d’approbation.
Seule inconnue : qui va donner de la voix ? On sait les Heavies
gros consommateurs de chanteuses (Jay Ella Ruth, Linda Muriel,
N’dea Davenport, Siedah Garret, Carleen Anderson…Certains
soufflent que les BNH ne seraient pas des employeurs spécialement
généreux, rémunérant leur vocalistes
au lance pierre), et les liner notes de dernier album (We won’t
stop dispo en import) précisent bien que le groupe, c’est
Kincaid, Levy et Bartholomew,
point!
La réponse arrive sur le deuxième morceau (Brother
Sister si ma mémoire est bonne), quand une petite jeune
fille aux faux airs de Britney Spears prend place au centre de la
scène et s’empare du seul micro encore libre... Flanquée
d’une panoplie R’n’B de série (petit chapeau
propret, truc en plume autour du cou, jean taille basse et poses
chichiteuses),
Nicole Russo -c’est son nom- est la nouvelle
chanteuse des Brand New Heavies. Ou plutôt leur future ex-chanteuse.
En tous cas c’est tout le mal qu’on peut souhaiter au
groupe, dont on se demande bien où ils sont allés
cherché la demoiselle, sorte de starlette locale, et surtout
pourquoi ils ont loué ses services : zéro présence,
charisme en berne, une voix pale, sans relief (et qu’elle
ne soit pas black n’est pas une excuse valable). Une vraie
erreur de casting ! A tel point qu’il faut littéralement
tendre l’oreille pour comprendre les paroles (on entend néanmoins
suffisamment pour s’apercevoir quand elle plante ses lyrics).
Alors certes, le son est déplorable (visiblement, le type
derrière la console devait être en RTT ou porter des
moufles. Incroyable pour une salle de cette trempe !) mais la jeune
fille semble mettre tout le monde d’accord dans le public:
on se demande s’il elle n’a pas oublié d’ouvrir
son mic.
D’autant que lorsque Jan Kincaid, pourtant pas le plus grand
organe de tous les temps, pousse la chansonnette sur Shelter
(PURE version soit dit en passant) ou Back to love, on
retrouve un volume sonore convenable. Même chose lorsque la
choriste, impeccable, donne de sa voix de soul sister. D’où
une impression mitigée de la performance des Heavies : les
considérations techniques (larsen à tout va, bouillie
de basses…assez lamentable) mises de côté, on
a du mal à s’imaginer que l’aspect « première
date londonienne » ait pu déstabiliser à ce
point le groupe, qui affiche une solide expérience du live
et continue de tourner régulièrement -au Japon et
en Corée notamment.
Sometimes, you gotta do right…
Côté contenu, on sent bien que le trio est moins venus
vendre sa dernière galette (de toutes façons totalement
introuvable dans les boutiques locales, les zigues n’ayant
plus de maison de disque) que contenter les nostalgiques de la belle
époque. Deux morceaux du nouvel album (What do you take
me for ? et l’excellent We won’t stop,
malheureusement desservi par les performances vocales de Miss Nicole),
plus deux autres nouveautés pas franchement mémorables,
contre une brassée de titres éprouvés - Midnight
at the oasis, You are the universe, Stay this way, Sometimes, Dream
come true…Soit une collection de standards qui suffit
à elle seule à maintenir le niveau de groove à
son minimum syndical, mais difficilement à faire passer le
problème de son, et les vocalises limite pathétiques
de mademoiselle Russo. Alors bon, il convient de ne pas bouder son
plaisir : un concert des BNH dans le club de Camden, c’est
loin d’être insupportable. C’est même franchement
un bon moment. Mais quand on se penche sur les quelques témoignages
live du groupe (sur les compilations Totally Wired ou, nettement
plus rare, six titres au London Forum gravé sur la version
Import Tour Pack de Shelter) on se dit que les gars étaient
quand même un peu en sous-régime.
Alors, qu’ils commencent par investir dans une vraie chanteuse,
et continuent de dispenser leur groove implacable. Parce que cette
performance londonienne laisse malgré tout penser qu’il
est encore temps pour les Heavies de coller d’un peu plus
près à l’esprit d’un de leur premier titres
: Put the funk back in it !
Young
Disciple octobre 2003
http://www.xs4all.nl/~wdries/bnh/index.html
http://www.webpro.se/bnh/
site non officiel
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