Put the funk back in it !
Brand New Heavies @ London Jazz Café, 1/09/03

par Young Disciple

   

Les Brand New Heavies, formation emblématique de la scène Acid Jazz, donnaient début septembre trois concerts au Jazz Café de Londres. Aucune présence dans la presse, une affichette ridicule en guise de promo…L’heure de gloire est définitivement révolue pour les chantres du Brit-funk, malgré un nouvel album paru en début d’année au Japon. Il n’empêche : leurs trois dates affichaient sold out, et les Heavies ne semblent pas encore prêts à baisser pavillon !

Les occasions de voir de vrais orfèvres du groove n’étant par les temps qui courent pas légion, un live des Brand New Heavies, qui plus est dans leur fief londonien prend des airs de pain béni. Pour peu qu’on soit un poil piqué au son du label Acid Jazz ça tient même du petit fantasme. C’est donc tout fébriles qu’accompagné de mon partner in funk, nous avons franchi la porte du Jazz Café, qui voit à longueur d’année passer des Blackbyrds, Terry Callier, Roy Ayers, Snowboy, Incognito, Omar, JTQ, et toute la clique londonienne échappée de l’écurie de Monsieur Eddie (Piller bien sûr –cofondateur d’Acid Jazz Records NDR). Sa seule programmation suffit à faire de la salle un lieu de pèlerinage. Franchement, si l’équivalent existe en France et plus particulièrement sur Paris, faites tourner l’adresse, parce que même le New Morning ne propose rien d’aussi alléchant.
La salle, plus large que profonde, est de taille modeste. A l’étage, le resto accumule les tables où l’on sert de la bouffe hors de prix et à priori pas au top, tandis que derrière le zinc stylisé, on surfacture les bières sans vergogne… Mais bon, l’ambiance monte tranquillement, le DJ maison envoie du bon son pendant que les gens entrent au compte-gouttes. On bouge la tête sur Heart’s desire de Don Blackman en sirotant nos pints, salue de la tête Sir Bartholomew venu prendre la température, lequel nous retourne la politesse à la vue de nos T-Shirts frappés du logo Acid Jazz…Un coup d’œil au tracklist scotché devant la Précision d’Andrew Levy achève de nous mettre dans le mood, et nous convainc de nous fendre de quelques livres de plus pour tomber la veste au vestiaire, avant de retourner s’encanailler vers le bar. Il doit bien être bière plus trois quand, une bonne heure et demie après l’ouverture des portes les Heavies foulent la scène du Jazz Café, une petite tonne d’applaus en signe de bienvenue. S’ils ont quitté les charts depuis belle lurette, les BNH savent toujours déplacer les foules, à en juger par le taux de remplissage de la salle ! Le band est secondé par un clavier (Jamie Norton , pensionnaire d’Incognito), un DJ de complaisance (joli T-shirt siglé Mixwell, mais des scratches aussi inoffensifs que dispensables), une choriste anonyme mais bougrement efficace, et Nick Van Gelder aux percu (premier batteur de Jamiroquai et membre de l’excellent Akimbo). La section cuivres -dans laquelle on peut reconnaître Dominic Glover & Nichol Thompson d’Incognito- prend, elle, place au balcon :il faut donc que les souffleurs empruntent l’escalier pour prendre leur chorus, façon guest de luxe !

A dream come true ?

Pas de round d’observation, les Heavies cuvée 2003 attaquent directement par Have a good time, hymne funk censé filer des frissons… mais ici un peu vendangé par un mix fouillis. Qu’importe, le groove est là, palpable. Dans l’assistance, les hanches sont parties, et les têtes accompagnent le beat en signe d’approbation. Seule inconnue : qui va donner de la voix ? On sait les Heavies gros consommateurs de chanteuses (Jay Ella Ruth, Linda Muriel, N’dea Davenport, Siedah Garret, Carleen Anderson…Certains soufflent que les BNH ne seraient pas des employeurs spécialement généreux, rémunérant leur vocalistes au lance pierre), et les liner notes de dernier album (We won’t stop dispo en import) précisent bien que le groupe, c’est Kincaid, Levy et Bartholomew, point!
La réponse arrive sur le deuxième morceau (Brother Sister si ma mémoire est bonne), quand une petite jeune fille aux faux airs de Britney Spears prend place au centre de la scène et s’empare du seul micro encore libre... Flanquée d’une panoplie R’n’B de série (petit chapeau propret, truc en plume autour du cou, jean taille basse et poses chichiteuses), Nicole Russo -c’est son nom- est la nouvelle chanteuse des Brand New Heavies. Ou plutôt leur future ex-chanteuse. En tous cas c’est tout le mal qu’on peut souhaiter au groupe, dont on se demande bien où ils sont allés cherché la demoiselle, sorte de starlette locale, et surtout pourquoi ils ont loué ses services : zéro présence, charisme en berne, une voix pale, sans relief (et qu’elle ne soit pas black n’est pas une excuse valable). Une vraie erreur de casting ! A tel point qu’il faut littéralement tendre l’oreille pour comprendre les paroles (on entend néanmoins suffisamment pour s’apercevoir quand elle plante ses lyrics). Alors certes, le son est déplorable (visiblement, le type derrière la console devait être en RTT ou porter des moufles. Incroyable pour une salle de cette trempe !) mais la jeune fille semble mettre tout le monde d’accord dans le public: on se demande s’il elle n’a pas oublié d’ouvrir son mic.
D’autant que lorsque Jan Kincaid, pourtant pas le plus grand organe de tous les temps, pousse la chansonnette sur Shelter (PURE version soit dit en passant) ou Back to love, on retrouve un volume sonore convenable. Même chose lorsque la choriste, impeccable, donne de sa voix de soul sister. D’où une impression mitigée de la performance des Heavies : les considérations techniques (larsen à tout va, bouillie de basses…assez lamentable) mises de côté, on a du mal à s’imaginer que l’aspect « première date londonienne » ait pu déstabiliser à ce point le groupe, qui affiche une solide expérience du live et continue de tourner régulièrement -au Japon et en Corée notamment.

Sometimes, you gotta do right…

Côté contenu, on sent bien que le trio est moins venus vendre sa dernière galette (de toutes façons totalement introuvable dans les boutiques locales, les zigues n’ayant plus de maison de disque) que contenter les nostalgiques de la belle époque. Deux morceaux du nouvel album (What do you take me for ? et l’excellent We won’t stop, malheureusement desservi par les performances vocales de Miss Nicole), plus deux autres nouveautés pas franchement mémorables, contre une brassée de titres éprouvés - Midnight at the oasis, You are the universe, Stay this way, Sometimes, Dream come true…Soit une collection de standards qui suffit à elle seule à maintenir le niveau de groove à son minimum syndical, mais difficilement à faire passer le problème de son, et les vocalises limite pathétiques de mademoiselle Russo. Alors bon, il convient de ne pas bouder son plaisir : un concert des BNH dans le club de Camden, c’est loin d’être insupportable. C’est même franchement un bon moment. Mais quand on se penche sur les quelques témoignages live du groupe (sur les compilations Totally Wired ou, nettement plus rare, six titres au London Forum gravé sur la version Import Tour Pack de Shelter) on se dit que les gars étaient quand même un peu en sous-régime.
Alors, qu’ils commencent par investir dans une vraie chanteuse, et continuent de dispenser leur groove implacable. Parce que cette performance londonienne laisse malgré tout penser qu’il est encore temps pour les Heavies de coller d’un peu plus près à l’esprit d’un de leur premier titres : Put the funk back in it !

Young Disciple octobre 2003

http://www.xs4all.nl/~wdries/bnh/index.html
http://www.webpro.se/bnh/ site non officiel

 

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