Le phénomène Rozoff…!
par David Quazar



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La première fois que le nom de Juan Rozoff m'est apparu c'était en lisant un vieux numéro de Funk-U Mag (N°6). Il apparaît en photo de dos, le cheveux épais, en médaillon sur la pochette de son maxi remixé par Bootsy Collins : 'Et alors'. Dans mon souvenir lointain mon sentiment fût " ce type à bossé avec un maître du funk sans être vraiment connu " . Une impression particulière, déjà. C'était en 1997 et jusqu'à ce que je trouve son premier album 'Jam Session' en 2001, je n'en ai plus entendu parlé. Honnêtement les premières écoutes de ce LP ne réussirent pas à me convaincre. Le son me dérouta. Puis quelques jours après en chinant chez mon disquaire je découvre un Cd de Juan Rozoff avec un titre imprononçable. Je demande à écouter. Une petite minute de 'Fonktzar' suffise à me faire bourse délier. La production en net progrès tape direct mon âme de funkateer. Je répète les écoutes, chaque fois un détail supplémentaire me conquiert. Les textes hachés de 'Jam session' sont remplacés par des compositions plus consistantes. Un humour se dégage et la maîtrise musicale séduit. 'Abalorladakor' passe en revue funk, salsa, reggae, et ballades sans faiblir. Cependant ma découverte de cet artiste n'est qu'à son crépuscule. J'entends autour de moi, la presse venter les mérites du 'petit Prince français' : pour les uns, 'Jam session' est un album culte ! pour les autres Rozoff serait une bête de scène ! Je me replonge plus sérieusement dans l'écoute de 'jam session' que j'avais en réalité survolé ! Le déclic se produit : ce mec est authentique ! il joue vrai, il joue bien, ne bluffe pas ! Le disque sonne comme du Prince. Non c'est du Rozoff ! Il n'imite pas. L'influence est nette, mais celles de James Brown ou de Zappa méritent d'être notées. Juan Rozoff digère ses influences multiples pour créer un funk dévastateur, singulier, qui mélange les musiques contemporaines et traditionnelles. Ses origines hispano-russe peuvent justifier cette diversité. Parachuté en France (Région parisiennel), Juan chante en français et le détail n'est pas négligeable. La voix justement est un de ces points fort. Capable de tout ou presque vocalement, ses choix s'orientent en fonction du feeling des compositions. Ses sujets sont tantôt légers ou graves mais il faut la plupart du temps prendre le tout au troisième degrés !!! Ne pas se prendre trop au sérieux reste une devise de Juan. Sa musique, drôle, funky, efficace, sexy et franchement innovante en font un artiste à part. Des débuts remarqués de 'Jam session' en 1990 à la reconnaissance de 'Abalorladakor' sortit enfin l'an dernier quand plus un fan n'y croyait, plus de dix ans se sont écoulés. Le temps de vivre, tout simplement. Car Juan Rozoff est comme tout le monde, ou presque. Humble et accessible dans le quotidien, il se transcende lorsqu'il s'exprime sur une scène, véritablement son lieu de prédilection. Là encore la comparaison avec Prince est justifié. Sa façon d'utiliser et d'occuper l'espace scénique dénote une maîtrise totale. Multi-instrumentiste, 'showman', ses mimiques vocales laissent pantois. Son retour est donc une chance formidable pour le funk en France et ailleurs. Le 'Fonktzar' ou le 'french funkateer number one' est de retour !
Pourtant sa carrière a faillit ne jamais se poursuivre ! Après l'échec commercial du premier album (environ 8000 copies écoulées), la traversée du désert fût longue. Sa panne d'inspiration provoqua son incapacité à composer de la musique. Détruit par cet échec, Juan Rozoff trop orgueilleux pour céder aux tentations de la facilité se releva finalement. Décontenancé par tant de stupidité de la part du public. Il fit l'effort de rester lui-même. Refusant tout compromis. La preuve : aucun maxi n'est extrait pour son come back ! Pour lui un maxi l'aurait catalogué dans un rayon bien spécial, chose qu'il déteste ! Il est évident qu 'en agissant ainsi il prend de grand risques. Peu importe. Conscient de ne jamais devenir riche en faisant de la musique, il continue dans la voie qui est la sienne. Donner des concerts et du plaisir aux gens. Car pour cela sa richesse est immense. Toute personne n'ayant jamais assisté à l'un de ces shows ne peut comprendre son génie. L'intensité féroce du groove, n'a d'égal que la qualité. Un style dévastateur : du fonky style !!! Une mise en scène soignée et précise, des chorégraphies originales, un sens de l'humour certain ! Impossible de rester de marbre ! Le public pas (non)averti reste souvent surpris (sur l'intro de 'Fonktzar' par exemple ou sur 'paquet malhonnête'… grinçant et funky…). Les surprises sont nombreuses. Soutenu par un groupe de 'killer' dont le bassiste Brother Moon qui slappe comme un dingue tout du long, comment se fait-il qu'il soit si peu connu ?
Et bien là je n'ai pas de réponse ! privé d'arguments. Je m'incline.

La musique de Juan Rozoff représente un condensé de toutes mes influences favorites. Une sorte de rêve ultime, un Graal musical, un sommet, celui de faire du funk dans ma langue d'origine tout en dépassant le simple stade du " kiff & fun ". Il synthétise toutes mes sensibilités musicales dans un style très urbain, proche de celui (si précieux) de Minneapolis. Tout abordant des sujets sensibles à travers des textes poétiques, complexes, parfois crus et confus. Moins talentueux que Prince, plus humain, Juan Rozoff est un des grands talents méconnus de toute la scène musicale actuelle.

Juan Rozoff, Concert à Fos-sur-Mer 07/06/02 Photo : Collection David Quazar


David Quazar (septembre 2002)


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