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La première fois que le nom de Juan Rozoff m'est apparu
c'était en lisant un vieux numéro de Funk-U Mag (N°6).
Il apparaît en photo de dos, le cheveux épais, en médaillon
sur la pochette de son maxi remixé par Bootsy Collins
: 'Et alors'. Dans mon souvenir lointain mon sentiment fût
" ce type à bossé avec un maître du funk
sans être vraiment connu " . Une impression particulière,
déjà. C'était en 1997 et jusqu'à ce
que je trouve son premier album 'Jam Session' en 2001, je
n'en ai plus entendu parlé. Honnêtement les premières
écoutes de ce LP ne réussirent pas à me convaincre.
Le son me dérouta. Puis quelques jours après en chinant
chez mon disquaire je découvre un Cd de Juan Rozoff avec
un titre imprononçable. Je demande à écouter.
Une petite minute de 'Fonktzar' suffise à me faire
bourse délier. La production en net progrès tape direct
mon âme de funkateer. Je répète les écoutes,
chaque fois un détail supplémentaire me conquiert.
Les textes hachés de 'Jam session' sont remplacés
par des compositions plus consistantes. Un humour se dégage
et la maîtrise musicale séduit. 'Abalorladakor'
passe en revue funk, salsa, reggae, et ballades sans faiblir. Cependant
ma découverte de cet artiste n'est qu'à son crépuscule.
J'entends autour de moi, la presse venter les mérites du
'petit Prince français' : pour les uns, 'Jam session'
est un album culte ! pour les autres Rozoff serait une bête
de scène ! Je me replonge plus sérieusement dans l'écoute
de 'jam session' que j'avais en réalité survolé
! Le déclic se produit : ce mec est authentique ! il joue
vrai, il joue bien, ne bluffe pas ! Le disque sonne comme du Prince.
Non c'est du Rozoff ! Il n'imite pas. L'influence est nette, mais
celles de James Brown ou de Zappa méritent
d'être notées. Juan Rozoff digère ses influences
multiples pour créer un funk dévastateur, singulier,
qui mélange les musiques contemporaines et traditionnelles.
Ses origines hispano-russe peuvent justifier cette diversité.
Parachuté en France (Région parisiennel), Juan chante
en français et le détail n'est pas négligeable.
La voix justement est un de ces points fort. Capable de tout ou
presque vocalement, ses choix s'orientent en fonction du feeling
des compositions. Ses sujets sont tantôt légers ou
graves mais il faut la plupart du temps prendre le tout au troisième
degrés !!! Ne pas se prendre trop au sérieux reste
une devise de Juan. Sa musique, drôle, funky, efficace, sexy
et franchement innovante en font un artiste à part. Des débuts
remarqués de 'Jam session' en 1990 à la reconnaissance
de 'Abalorladakor' sortit enfin l'an dernier quand plus un
fan n'y croyait, plus de dix ans se sont écoulés.
Le temps de vivre, tout simplement. Car Juan Rozoff est comme tout
le monde, ou presque. Humble et accessible dans le quotidien, il
se transcende lorsqu'il s'exprime sur une scène, véritablement
son lieu de prédilection. Là encore la comparaison
avec Prince est justifié. Sa façon d'utiliser et d'occuper
l'espace scénique dénote une maîtrise totale.
Multi-instrumentiste, 'showman', ses mimiques vocales laissent pantois.
Son retour est donc une chance formidable pour le funk en France
et ailleurs. Le 'Fonktzar' ou le 'french funkateer number one' est
de retour !
Pourtant
sa carrière a faillit ne jamais se poursuivre ! Après
l'échec commercial du premier album (environ 8000 copies
écoulées), la traversée du désert fût
longue. Sa panne d'inspiration provoqua son incapacité à
composer de la musique. Détruit par cet échec, Juan
Rozoff trop orgueilleux pour céder aux tentations de la facilité
se releva finalement. Décontenancé par tant de stupidité
de la part du public. Il fit l'effort de rester lui-même.
Refusant tout compromis. La preuve : aucun maxi n'est extrait pour
son come back ! Pour lui un maxi l'aurait catalogué dans
un rayon bien spécial, chose qu'il déteste ! Il est
évident qu 'en agissant ainsi il prend de grand risques.
Peu importe. Conscient de ne jamais devenir riche en faisant de
la musique, il continue dans la voie qui est la sienne. Donner des
concerts et du plaisir aux gens. Car pour cela sa richesse est immense.
Toute personne n'ayant jamais assisté à l'un de ces
shows ne peut comprendre son génie. L'intensité féroce
du groove, n'a d'égal que la qualité. Un style dévastateur
: du fonky style !!! Une mise en scène soignée et
précise, des chorégraphies originales, un sens de
l'humour certain ! Impossible de rester de marbre ! Le public pas
(non)averti reste souvent surpris (sur l'intro de 'Fonktzar'
par exemple ou sur 'paquet malhonnête'
grinçant
et funky
). Les surprises sont nombreuses. Soutenu par un groupe
de 'killer' dont le bassiste Brother Moon qui slappe comme
un dingue tout du long, comment se fait-il qu'il soit si peu connu
?
Et bien là je n'ai pas de réponse ! privé d'arguments.
Je m'incline.
La musique de Juan Rozoff représente un condensé de
toutes mes influences favorites. Une sorte de rêve ultime,
un Graal musical, un sommet, celui de faire du funk dans ma langue
d'origine tout en dépassant le simple stade du " kiff
& fun ". Il synthétise toutes mes sensibilités
musicales dans un style très urbain, proche de celui (si
précieux) de Minneapolis. Tout abordant des sujets sensibles
à travers des textes poétiques, complexes, parfois
crus et confus. Moins talentueux que Prince, plus humain, Juan Rozoff
est un des grands talents méconnus de toute la scène
musicale actuelle.

Juan Rozoff, Concert à Fos-sur-Mer 07/06/02
Photo : Collection David Quazar
David Quazar
(septembre 2002)

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(décembre 2001)
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