What it means to be Free.

Libre. C'est le mot qui vient à l'esprit lorsque l'on se penche sur Meshell NdegéOcello. Meshell écoute de tout, de Parliament à U2, de Miles Davis à System Of A Down, de Curtis Mayfield à Bob Marley, de Sly and the Family Stone à James Taylor, elle dévore la culture musicale et essaie de faire la meilleure musique qu'elle puisse. En toute liberté. Tout simplement.


Compositrice/bassiste/chanteuse née dans les années 60 en Allemagne, Michelle Johnson déménage dans l'état de Washington, USA vers 16ans. Avec sa mère elle écoute quantité de soul (Aretha Franklin, Jackie Wilson, Millie Jackson, Teddy Pendergrass) avec son père, saxophoniste professionnel, elle apprend les rudiments de la musique. Meshell est discrète, secrète, ne parle pas beaucoup à ses camarades de classe et passe son temps à faire de la sculpture, art qu'elle abandonna, trop individualiste à son goût. Quand un jour un ami de son frère laisse une basse à la maison… C'est le coup de foudre… Meshell se lance. Elle intègre la Duke Ellington School of Performing Arts, et s'entraine sur les disques de….Prince. ;o)


Me'Shell Ndegéocello, Biti Strauchn & Arifst Michael live at the Fez, 1993.


C'est la fin des années 80. Meshell joue dans différentes formations, jazz, rock, pop, mais surtout go-go, LA musique du coin…elle écrit beaucoup de chansons et se fait une petite réputation en jouant avec des gens comme Little Bennie and the Masters et Rare Essence. Meshell travaille dure. Etre femme dans un monde machiste voir mysogyne n'est pas évident, mais elle joue sans cesse, se fait payer 150 $ la nuit pour jouer des lignes de basse jusqu'au matin... les rigs entre gangs ponctuent les soirées et elle se fera plusieurs fois tirer dessus...Sa route croise celle de Vernon Reid et son Black Rock Coalition, autre icône de la culture noire américaine. Elle auditionne pour le groupe Living Colour, sans résultats…

Meshell vit désormais à New York avec son jeune fils. Elle est bassiste de studios (sidewoman) et joue toujours dans des formations. Toutes les grandes maisons de disques lui disent de revenir plus tard lorsqu'ils écoutent ses demos ecclectiques (pas assez " noir " d'un côté, trop hiphop et avant gardiste de l'autre). C'est peut-être la première fois que Meshell se rend compte qu'elle est différente. En dehors du fait qu'elle écrive les paroles, la musique, qu'elle joue de la basse, de la guitare et des claviers sur ces démos, les mélanges d'influences seront difficilement gérables par les executives des maisons de disques. Mais ses efforts ne vont pas tarder à payer. C'est le début des années 90 et Meshell est au bord de l'arrêt complet de la musique dans un but professionnel, lorsque deux labels détenus par des artistes s'intéressent à elle : Paisley Productions appartenant à un certain Prince….et Maverick Productions, détenu par une certaine…Madonna.
Prince est son idole, mais après quelques prises de contact, elle choisit le label de Madonna, plus apte à lui laisser faire ce qu'elle veut.. Avec Prince, nul doute que cela aurait été…. plus difficile… ;o)

Meshell a 24ans. Elle vient de participer à l'album de Steve Coleman " Drop Kick " à celui des chanteuses Caron Wheeler et Lalah Hataway - ex Soul II Soul - " Beach Of The War Goddess " et se prépare à enregistrer son premier album solo en tant que première artiste féminine d'un nouveau label… la classe ! :o)

Son premier album, " Plantation Lullabies " sors en Octobre 1993. Sur cet album rageur, elle fait tout, joue de tout, a tout écrit. Des invités de prestiges comme DJ Premier, Geri Allen, WahWah Watson se retrouvent dessus. Co-produit par David Gamson (Chaka Khan, Luther Vandross) et Bob Power (A Tribe Called Quest ; De la Soul), l'album est une réussite artistique : Des paroles parlées/rappées/chantées exquises , malicieuses-ironiques, poétiques, acides-politiques sur des sujets qu'elle attendais d'exprimer depuis de nombreuses années, comme les relations interraciales (" You no longer burn for the motherland brown skin/You want blonde-haired, blue eyed soul "), les standards de beauté imposés par les blancs sur " Shoot'n up and Gett'n high ". Portés par une voix allant de Sly Stone au hiphop le plus droit, le tout vibrant sur des mélodies accrocheuses, des solos élégants, un mélange de cultures entre le hiphop tout récent des années 90s, le groove et la conscience du jazzfunk des années 70s, la scène gogo des années 80s…De la conscience dans les textes, mais pas de lamentations dans la musique... Malgré tout, une touche de blues, de remords, une certaine lassitude se dessine derrière sa voix, comme si Meshell avait déjà trop vécue, trop fatiguée de voir le

monde marcher à l'envers... Meshell fait le tour de ses influences qui la démangeait, et pose le tout sur une galette qui fera date.
L' accueil de la presse sera bon annonçant que le futur du funk ressemblera à cet LP ( dans Vibe, 1993), mais les journaux ne s'attarderons que sur sa vie privée et sa bisexualité affirmée et libre. Commercialement l'album se vend moyennement.

Son deuxième album solo ne verra le jour que trois ans plus tard. Entre temps, Me'shell apparaît sur " Bedtime Stories " de son patron Madonna ;o). Elle déménage sur la côte Ouest à Los Angeles. Remarquée par son premier album, elle participe à la bo du film de Jonh Singleton, " Higher Learning ", joue sur le double album " Stolen Moments Red Hot + Cool " enregistre avec Herbie Hancock, Joshua Redman, Luis Conte, Harvey Mason, John Mellencamp….Me'shell prend son temps. Elle le dit, elle doit vivre pour écrire. Gérer l'espace, optimiser son temps est une priorité pour Me'shell. Dans ses lignes de basse ou dans la vie, elle suit une ligne directrice avec rigueur : Il faut laisser respirer les choses…les laisser prendre leur sens…En 1995-1996 elle continue les featurings avec Jason Miles, Jazzmatazz, Holly Palmer, Wendy Melvoin et Lisa Coleman..

Le 25 Juin 1996 sors son deuxième LP, " Peace Beyond Passion ". Beaucoup d'invités de marque encore une fois : David Fiuczynski dans un splendide solo de guitare sur God Shiva, le saxophoniste Joshua Redman, l'organiste Billy Preston, ou l'arrangeur Paul Riser (connu pour son travail dans les 60s avec les Four Tops et les Temptations). 11 titres originaux plus une reprise de Bill Withers, le tout produit par la même équipe, Me'shell et David Gamson en tête. Le deuxième album est toujours le plus difficile dans la carrière d'un artiste et celui là est une réussite. Me'shell continue d'explorer les thèmes qui la touche : le sexisme, le racisme, l'homophobie,
l'hypocrisie religieuse…avec un goût toujours plus raffiné dans ses expérimentations musicales mélangeant toute la musique américaine des 60s aux 90s : soul, funk jazz,
mais aussi folk, rock, pop. Le côté hiphop est laissé de côté, " trop évident ". Me'shell préfère brouiller les pistes.
De plus le single " Leviticus- Faggot " (en français le PD des Evangiles…) racontant le malaise d'un homosexuel vis à vis de son père (" daddy's sweet lil' boy just a little too sweet/and every night the man showed the faggot/what a real man should be ") bien que véritablement groovy et dansant, ne passera pas dans l'amérique religieuse. L'album plongera directement dans le fond des charts…il sera nominé aux Grammys…Me'shell commence à parler d' un album " instrumental ".

3ans plus tard. Me'shell a trente ans. Connue du grand public pour sa reprise du Wild Night des Rolling Stones avec Mellecamp en 94 qui atteindra des sommets aux hits parade, ses 2 albums n'ont pas atteint le gold… Pendant ce temps de nouveaux artistes signés sur Maverick comme Alanis Morrisette vendent des millions d'albums (28 !)
C'est un tournant qui se prépare. Le label veut du single, un duo avec quelqu'un de connu mais Me'shell n'en a cure.

Un déménagement à Berkeley dans le nord de la californie, loin des sirènes et du stress de la machine hollywoodienne, une tournée Lilith Fair (uniquement des artistes féminines) avec les pop folk Indigo Girls -qui lui donneront envie de tâter de l'acoustique- Me'shell est décidée pour son troisième album. Son label refuse

David Gamson, son ami de toujours d'y participé, persuadé que les ventes moyennes sont de sa faute…Elle choisis Craig Street (producteur de Cassandra Wilson entre autres) qu'elle connais depuis longtemps. Craig lui propose de tout enregistrer à l'ancienne, en electro-acoustique en quatre semaines. Le budget proposé étant limité, cela tombais bien !

" Bitter " sort le 24 Aout 1999, sans promos. 12 pistes portant les titres aussi fort de sens que " loyalty " , " sincerity ", " faithful "… içi point de riffs extatiques, ni de beats, ni de gros slap…Me'shell est plus soul que jamais… Entre guitares hendrixiennes, pianos blues tout en douceur, basse et violon légers, cette œuvre intimiste est habitée d'une âme comme cela faisait longtemps qu'on en avait entendu. Le disque est encensé par les critiques (album de l'année pour Newsweek et Vibe), parfois violemment critiqué (too whited..). " Bitter " parle des dualités et des contradictions, de l'amour et de la haine, des relations. Une nouvelle série de guests apparaît comme Joe Henry, Wendy&Lisa (guitares, claviers) Daniel Sadownick, Abe Laboriel Jr aux percussions, David Torn, Doyel Bramhall. La reprise de Jimi Hendrix " May This Be Love " devient une douce et lente ballade jazz teintée d'éléments psychédéliques.
Les comparaisons avec Nina Simone, Curtis Mayfield, Gil Scott Heron ou Stevie Wonder sont évoquées. " cet album est dédié aux artistes de couleurs s'exprimant dans autre chose que le rap ou le rn'b " laisse telle entendre…Elle ne veut pas ressembler à Janet Jackson. Elle est nominé encore une fois aux Grammy awards. Les ventes sont confidentiels, mais Maverick, conscient de la " vitrine " qu'est Me'shell, ne s'en sépare pas.

Me'shell continue de travailler pour d'autres. En 1999 c'est avec Eric Benet en co lead sur " Ghetto Girl ", sur l'album de Scritti Politti ( le groupe de David Gamson) puis Razhel des Roots sur son album solo, une chanson écrite pour David Sanborn… En 2000, elle écrit avec Allen Cato son guitariste, toute la bande originale du film " Disappearing Act ", participe a l'album de Lynden David Hall, au ProjectBrass de Paul Thompson…

2001. Me'shell travaille activement sur son quatrième album. Il sera totalement différent de " Bitter ". Autres thèmes, autres ambiances. Me 'shell veut rester simple, l'argent ne l'intéresse pas. L'argent ne règle pas les problèmes profonds. C'est le thème de son album, critique du système capitaliste, de la culture matérialiste -en particulier afro américaine via le hiphop- et de la dérive de la consommation. Elle qu'on essaie de mettre dans une case tel un banal produit, change totalement de direction par rapport à " Bitter ".
Il se trouve que Me'shell est à New York le 11 Septembre. En plein mixage, les évènements vont affectés le son de l'album. D'abord appelé " Tyrone Cookie Goldberg's Sneakers, Jewelry And Gun Emporium/Chicken And Weed Pot " il sera renommé en un déjà long " Cookie : The Anthropological Mixtape ".

Le disque repoussé maintes fois notamment pour des problèmes de pochette, sors le 4 Juin 2002 et fait l'effet d'une bombe.


19 titres, 71 minutes d'une densité incroyable. Cet album ressemble à un mélange savamment dosé des trois précédents. C'est le retour du Funk, signé par la reprise de Funkadelic, " Better By The Pound " . Mais avec la profondeur d'âme nouvelle de Me'shell. Ses textes frappant juste et fort, mêlés aux samples d'Angela Davis ( activiste féministe, communiste, ayant appartenue aux Blacks Panthers), Countee Cullen,Etheridge Knight, Claude McKay, June Jordan et Gil Scott Heron (poetes americains), Dick Gregory (activiste des droits civiques) prennent une ampleur sans précédents sur les hymnes rn'b et hiphop les plus funk de l'année. Me'shell a mis le paquet : Gene Lake à la batterie, Allen Cato à la guitare, Federico Gonzales Peña aux claviers, Gregory Maret a l'harmonica, Mike Cain aux claviers, Jacques Schartz-Bart au Saxophone, Marcus Miller à la basse, Michael Hampton de Funkadelic passe faire un solo de guitare, Talib Kweli un petit duo, Caron Wheeler et Lalah Hattaway fille de Dony chantent, Missy Elliott et Rockwilder (Redman, Busta Rhymes) sont à la production, Damu Mtume à la direction artistique (Bilal). A noter que Jill Scott, Erykah Badu, D'Angelo, Maxwell et Musiq Soulchild furent invités à participer à " Cookie ". Tous déclinèrent pour diverses raisons.

L'opinion la désigne comme précurseur et maitresse de la " nu soul ", d'autres pense que c'est " le disque que Prince essaie encore de faire " (Rolling Stone Juillet 2002). Une nomination pour le meilleur album de rnb de l'année et un format résolument radio ne suffiront pas à faire décoller les ventes de ce petit chef d'oeuvre.

Meshell continue son chemin. En 2002 c'est à nouveau les participations, tournées et autres sessions studios qui l'occuperont : Lilith Fair, Red Hot + Riot album tribute à Fela Kuti, participe à l'album de Roy Hargrove " The RH Factor " et une jam avec les Funk Brothers dans le documentaire sur les musiciens studios légendaires de la Motown " Standing In The Shadows of Motown ainsi que deux tracks sur l'album des Anglais de Basement Jaxx.

" Comfort Woman " [lien sur l'article de FG :p], son dernier album par contrat pour Maverick est commençé début 2003. Entre temps elle signe enfin avec Verve un album jazz ! Ou plutôt instrumental, " fait pour se détendre, dans un nuage de fumée.. " dit-elle. Intitulé Papillon : Dance Of The Infidels, c'est le premier des deux projets qu'elle mène actuellement, suivi d'un autre complètement différent pour le label anglais BBE.

Lorsqu'on lui demande à quoi cela ressemblera elle dit : " ce sera un mélange de Clash (pop rock), Bad Brains (fusion funk/trash) et Black Uhuru (reggae) , plus dur et très différent de ce que les gens attendent de moi "
A 34 ans, Me'shell est définitivement libre.

Mr Gr0ove pour WegoFunk.
Liens : www.meshell.com site officiel
www.freemyheart.com site non officiel : la bible de Meshell, bourré d'infos. la page multimédia " WEFUNK " est une des plus belle que j'ai pu voir avec deux heures (!!!) de clips de concerts et d'interviews parfois en très bonne qualité (je vous recommande plus que chaudement les 20 minutes de Sessions@aol du 2 Avril 2002 avec un God.Fear.Money d'une gr0ovitude assurée !!! d'ailleurs j'y retourne... ;)


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