|
Génèse
Comment imaginer qu’un petit texan né en 1945 allait
quelques années plus tard ouvrir non pas une brèche
mais un gouffre dans l’histoire de la musique noire toute
entière ?
A peine sorti de l’enfance Sly s’en allait pour la Californie,
où il devint tour à tour producteur de talents locaux,
mais surtout DJ dans son école et dans une radio black locale.
La Californie bougeait et surtout Frisco ( San Francisco) et Sly
qui avait eu tout loisir de « sonder » et de sentir
le feeling de l’époque monta un groupe en 1966, The
Stoners avec son frère Freddie
et sa sœur Cynthia.
De ses débuts de chanteur de gospel, il garda le mysticisme
et la ferveur dans la voix et même si son premier album intitulé
« A whole new thing » en 1967 ne fut pas un succès
commercial, on retrouvait déjà certains « thèmes
et paradoxes » de la musique de Sly.
Un morceau comme « Underdog » possède
des paroles à même de toucher les gens qui étaient
en bas de l’échelle sociale à l’époque
alors que la musique vous donne plutôt envie de vous bouger
l’arrière train.
Et le monde devint STONE !!
Pourquoi
« a whole new thing » ? Les Stoners n’étaient
plus, la family Stone était apparue ce qui changea beaucoup
de choses.
Sly avait gardé Freddie et Cynthia et s’était
adjoint Jerry Martini ( trompette), Greg
Errico ( batterie), Rosie Stone ( claviers)
et surtout un autre texan expatrié Larry Graham
(basse).
Ce groupe avait deux particularités, il était multiracial
et mixte.
Le single « Dance to the music » qui sortit
dans la foulée devint un hit & Sly fort de ses connaissances
dans la vie nocturne de San Francisco commença à se
produire partout. Son passage à l’ «
Ed Sullivan Show » fit du groupe un symbole de cette
culture californienne et lui permit de toucher un vaste public.
La sortie de « Stand » en 1969 (lire
la chronique >>>) prit tout le monde de court, le San
Francisco sound qui se cherchait une identité « black
» la trouva aussitôt et de quelle manière…
Gorgé de tubes immédiats ( I wanna take you higher),
accompagnés de lyrics fédérateurs ( Everyday
people) avec même un brin de protest song ( Don’t
call me nigger, whitey), « Stand » toucha
tout le monde en même temps et de toutes les manières
!
Les thèmes claviers de Sly habillaient parfaitement les cuivres
et je ne peux même pas exprimer tout ce que j’ai dans
le ventre à l’écoute du binôme Errico/Graham.
La family Stone était l’un des rares groupes à
pouvoir toucher un public aussi bien blanc que noir et c’est
sûrement ce qui lui permit de participer au festival de Woodstock
en 1969. Les morceaux furent même inclus dans le film et dans
la bande originale du festival.
Il faut dire qu’à l’époque Sly & la
family stone avaient un visuel incroyable et les 500.000 spectateurs
présents en gardent un souvenir……. Comment dire………
GROOVY !!
Quel pied de nez, qu’au plus grand concert de tous les temps
on ne se souvienne surtout que de quelques prestations scéniques
et que la plupart soient black ou métissées ( Jimi
Hendrix, Santana & Sly
).
Et Sly lui-même devint Stone ...
Woodstock était passé par là et San Francisco
n’était plus la même. Ce paradis des «
flower power », véritable creuset de la contre culture
américaine ( Ken Kesey, William
Burroughs, Kerouac, etc..), continuait
à vivre son rêve éveillé…
C’est à ce moment là qu’une vieille compagne
de longue date de Sly prit une importance considérable dans
sa musique et malheureusement dans sa vie, la drogue et plus particulièrement
la cocaïne.
Marvin avait posé la question d’une
manière un peu désabusée « What’s
goin’ on ? », Sly y répondit la même
année « There’s a riot goin’ on
» d’une manière beaucoup plus affirmée.
En deux ans Sly est passé d’un extrême à
l’autre, « Riot » révèle une face
sombre de la family stone.
De prime abord le public est pris à contre-pied par ce brûlot,
l’Amérique a changé et Sly rejoint sur beaucoup
de points la vision désabusée de Marvin.
Passée la surprise, les fans répondirent présent
à l’écoute de cet album qui devint pour l’occasion
numéro 1 dans les charts ( ce qui est à ce jour toujours
le seul n° 1 de Sly & the family stone).
Il faudra beaucoup de temps pour que cet album (re)trouve sa place
au panthéon des grands disques blacks, et pourtant il y aurait
beaucoup à dire sur cet album tant ses ressources semblent
inépuisables au fur et à mesure des écoutes.
When the starlights fade away…
On
pouvait craindre le pire pour Sly après “Riot”,
Frisco s’était drapée de noir, les fleurs s’étaient
fanées et la family Stone commençait à donner
des signes de dissension, malgré cela un dernier sursaut
d’orgueil et de génie allait permettre à Sly
de pondre un album en 1973, L’ année funk.
« Fresh » était comme son titre l’indique,
une cure de jouvence pour la family stone ainsi que pour les oreilles
du public multicolore de Sly, un album de retour à des valeurs
sures, des valeurs funky.
Une petite introspection par ci « I’ve got to be
me », une petite ballade funky l’air de rien par
là « If you want me to stay» (chère
aux Red Hot) et l’on se remettait à croire en des jours
meilleurs pour Sly & sa petite famille.
Malheureusement il n’en était rien et très vite
on dût déchanter, en 1974 Sly se mit en banqueroute
et malgré des tentatives de désintoxication, il fallut
se rendre à l’évidence, la cocaïne avait
pris un lourd tribut à Sly, la créativité.
La sortie de « Small talk » en 1974 passa inaperçue
malgré quelques bons passages ( « Time for livin’
» & le clin d’œil « Loose booty »).
Incapable de s’en sortir seul, le départ massif des
membres de la family Stone fit craindre le pire pour Sly qui se
contenta de quelques cachets en tant que session-musician afin de
pouvoir tenir.
Même George Clinton qui le relança
quelque temps en l’intégrant à son groupe vers
la fin des années 1970 ne lui permit pas de s’en sortir
durablement, disons aussi que leur arrestation conjointe en 1981
pour possession de drogue non seulement n’arrangea rien mais
en plus montrait que Sly était toujours bel et bien lié
à la cocaïne.
« Everybody is a star »
Le séisme Sly and the family stone avait fait table rase
de toutes les conventions en usage, changeant la face de la musique
black, obligeant la Motown à recentrer ses
« produits » (Les Tempts) ou en forçant
d’autres compagnies à s’engouffrer dans la brèche
(War). Certes les groupes cités sont de
bons groupes mais j’aimerais rendre à César
ce qui est à César. Sly n’a peut-être
pas été le plus grand funkster de notre époque
( Le Godfather reste mon favori pour le titre), mais il est celui
qui a su faire « rêver » le funk. Pas nécessaire
pour Sly d’être « on the one » ou seulement
« black is beautiful », il suffisait juste d’être
ensemble pour y croire.
Il suffisait donc d’être des « everyday people
» pour y arriver et rien que pour cette magnifique utopie,
nous sommes depuis des années quelques millions à
nous escrimer sur nos instruments.
Il fallait y penser et il y a quelques personnes dont je fais partie
pour profiter de cette chronique pour remercier Sly et pour demander
son intronisation au panthéon des Funky people.
bootsymig (mars2003)
bootsymig's selecta :
Elle est à mon grand regret très sélective
mais l’essentiel est dit.
 |
STAND |
L’album de
la consécration qui aborde tous les thèmes à
la fois ( Sexe, Race, Amour, Haine) sans jamais perdre l’unité
de sens du funk.
lire
la chronique >>> |
 |
THERE’S A RIOT
GOIN’ ON |
L’album à réécouter
tous les mois. De prime abord on croit que le funk est absent,
que Sly s’est perdu dans les méandres de sa complexité
cérébrale et on ne garde que « Family affair
» pour le fun.
Et puis, on entend un blues, il fait chaud et on se surprend
à remuer son « booty », une wah-wah pleure
au loin et c’est parti, le funk suinte de toutes parts
sur les murs et on est en jam session avec la family Stone et
le spectre de Sly.
A ne pas écouter le soir dans le noir, cet album fait
peur !! |
 |
FRESH |
En ouverture « Let me have
it all » chanson grandiloquente de par son titre mais
un petit bijou, « the main man » clin d’œil
au godfather ??
Comment oublier « Skin I’m in », « Que
sera sera » « Babies makin’ babies »
toujours d’actualité et pour finir ma petite préférée
« If you want me to stay » et « In time »
(je sais ,il y en a deux mais bon, personne n’a dit que
Sly se prenait à doses homéopathiques.) |
DISCOGRAPHIE
1967 A whole new thing Epic
1968 Dance to the music Epic
1968 M’lady Direction
1968 Life Epic
1969 Stand Epic
1971 There’s a riot goin’ on Epic
1973 Fresh Epic
1974 Small talk Epic
1975 High on you Epic
1976 Heard ya missed me, well I’m back Epic
1979 Back on the right track Warner records
1983 Ain’t but the one way Warner records
1996 Rock’n’roll Krb
plus d'infos
www.slystone.com
(non officiel)
haut
|