CAPTAIN MERCIER – La Vie en Funk (Enzo productions 2002 – ENZCD003)

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On a beau passer des heures sur la Toile, on est loin d’avoir encore fait le tour des groupes qui constituent notre scène Funk nationale ! Et dans la famille « on en découvre tous les jours » et « on est mieux informé au sein d’une communauté »… De nouvelles preuves viennent d’être apportées au dossier ! Car si vous avez le droit à cette chronique c’est grâce à un funkateer averti de notre forum qui eu l’heureuse idée de poster la date du concert gratuit donné par CAPTAIN MERCIER dans le cadre du Festival de Jazz du parc de la Villette, début Septembre.

Ni une ni deux, j’y vais pour m’informer et je tombe sous le charme de cette formation qui aime appeler sa musique Rhythm’n’Funk… Un mélange de Soul, de Funk et de R’n’B à l’ancienne donc, avec des textes en français, emprunt d’un humour et d’une dérision assez proche de l’esprit comique-troupier/café-théâtre…

Voilà pour un rapide portrait des grandes lignes musicales mais penchons nous plus avant sur le cursus de ses membres.

A commencer par Jacques MERCIER (le Captain’), leader naturel et charismatique du groupe, ne serait-ce que par ses 40 ans de carrière dans le « milieu » et la liste très fournie de ses collaborations avec les vedettes incontournables de notre variété française (Johnny Hallyday, Véronique Sanson, Patricia Kaas, Alain Souchon ou Henri Salvador, pour ne citer que les plus notables…).
Mais il n’est pas tout seul : Benoît SOURISSE (claviers) est réputé lui pour ses talents de soliste et d’improvisateur et travaille régulièrement depuis 10 ans avec Didier Lockwood… Insatiable (il multiplie les collaborations, en plus d’être l’un des fondateurs du groupe qui nous occupe), il a sorti en duo avec son complice André CHARLIER (le batteur de Captain’ Mercier aussi) un album « solo »… Tous 2 jouent également dans différentes formation du duo au septet…

J’abrège car il y aurait tellement à dire mais retenez que l’ensemble de ces musiciens ont des références qui feraient pâlir nombre des pseudo artistes actuels… Un autre exemple, une partie de la section de cuivres a joué avec Quincy Jones quand même… Pour avoir tous les détails, rendez-vous sur leur site : www.captainmercier.com

Voilà ! Rentrons maintenant dans le vif du sujet. Captain’ Mercier (né en 1989) avait déjà commis 2 albums : « Rhythm‘n’Blues » (1994) et « Rien ne sert de souffrir » (1998).

« La Vie en Funk » est sorti l’année dernière et fait office de « début de consécration » puisqu’ils ont remporté une Victoire de la Musique (dans la catégorie « Jazz ») pour cette réalisation, début 2003 et fut retenu par une grande chaîne de distribution spécialisée nationale dans le cadre de sa sélection « Parcours Nouvelle Scène Française ».

Dès les premières mesures du titre éponyme « La Vie en Funk », on est obligé de penser et de faire référence à Tower of Power. C’est un fait incontournable qui ne sera jamais mis à mal : ce sont les TOP français !!! « We want to Funk You » revient comme un leitmotiv et force est de reconnaître que çà marche… Surtout quand j’aurais précisé qu’ils chantent en Français et qu’avec l’aide de la section de cuivres et du clavier, les mots swinguent plus que bien.
« Elle bouge » est plus teinté R’n’B traditionnel , plus mid-tempo : le trio Batterie, Clavier, Sax y brille particulièrement.

Y’a un petit quelque chose de Sinclair dans la voix du chanteur pour « Sauve qui peut ». Ce très bon titre, particulièrement d’actualité, est assez sarcastique puisqu’il évoque la condition des « intermiteux » (je cite ;o).
« Sacré Benoît » est un hommage au Monsieur dont j’ai évoqué la carrière plus haut, le clavier virtuose du groupe qui s’en donne à cœur joie ici en speedant sur son orgue Hammond tel un James Taylor au mieux de sa forme… Tout le groupe se met à l’unisson : sax et batterie enchaînent des solos d’une grande maîtrise.

Retour au « tout cuivre » avec « Les Moments Perdus ». Impossible de résister à ce titre qui groove à mort : l’un des tout meilleur de l’album pour moi.
Ambiance plus cool et mid-tempo pour « Le Téléphone », écrit et chanté par le fiston Charly MERCIER. On est plus dans une veine Jazz et leur maîtrise est une fois de plus éclatante.

Richard ARAME (l’antillais du groupe qui sait très bien jouer de sa nonchalance ;o) est pour moi la vedette sur « Le Coup du Sort », titre qui décrit l’obsession du musicien. En plus de ces petits riffs de guitare, il nous livre ici son rap si particulier … C’est assez comique car déclamé sur un ton sarcastique et décalé ;o) A noter toutefois que cette partie prend toute sa dimension sur scène car on a le droit à des tirades sur Nicolas SARKOZY et on ne peux que s’esclaffer de rire tant la dérision et l’humour sont présents.

Les cuivres et la batterie sont flamboyants et le rythme redevient très soutenu pour « Cruel Dilemme ». Les refrains plus lents sont l’occasion d’une rupture d’ambiance ce qui donne encore plus de force à l’ensemble.
Très efficacement construit autour d’une ligne rythmique composée de scratchs, batterie et cuivres, « Fait le phoque » est un excellent instrumental : Sur scène ce titre nous vaut une chorégraphie de l’ensemble du groupe des plus hilarante. Un de leur temps fort !!! J’adore.

Une fois n’est pas coutume (sans minimiser l’impact de la musique), c’est le texte faussement simpliste de « C’qu’on Ecoute » qui donne le piment de ce titre caustique qui égratigne l’industrie musicale (« la soupe au potiron… pas bon »). Un sujet et une analyse qui fait forcément l’unanimité chez les mélomanes.
Et on termine sur le même ton avec « Je travaille à la Caisse », une reprise parodique (et donc décalée même si la musique est fidèle à l’original) de « Try a little Tenderness » d’Otis Redding. C’est drôle, très drôle… ;o))

En bref, rien à jeter… Chaque titre a son identité (pas de redondance) mais l’ensemble forme un album (réalisé sous la houlette de Dominique Blanc-Francard, un nom bien connu par chez nous) d’une grande cohésion (maîtrise et musicalité à tous les niveaux). Normal me direz-vous, on voit à leur « machine bien huilée » qu’ils ont plus de 900 concerts à leur actif…. Du travail bien fait et efficace… Une formation carrée qui tourne à plein régime qui a su se rendre populaire sans dénaturer ses influences !!!
Car comme je vous l’ai dit plus haut, ce cd a été récompensé récemment mais c’est un prix du public dont il s’agit… Il reste donc en France des afficionados de musique (avec des oreilles ;o) qui savent plébisciter le vrai talent. Pour une fois que l’industrie musicale se voit contrainte de sortir des indéboulonnables artistes variet… Je veux y voir une lueur d’espoir…

Funkygirl décembre 2003


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