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Mon père avait
dix-huit à la sortie de Stand. Un an après
1968, il était très attentif à tous les mouvements
musicaux qui n’allaient plus dans le sens des « vieilles
» conventions. Même si la performance de Sly
& The Family Stone à Woodstock l’a intrigué,
il se souvient davantage du « Star Spangled Banner »
de Hendrix. Pourquoi donc n’est-il pas devenu
fooooonky ? Pourquoi n’ai-je trouvé de Sly Stone dans
ses vinyls qu’une abominable double compilation Rock’n
Roll de ses débuts ?
Nos oreilles européennes n’étaient probablement
pas encore prêtes à recevoir Stand en plein
tympans. Il est aujourd’hui beaucoup plus facile de se laisser
emporter par cet album; et pour cause : on les connaît ces
rythmes répétitifs, ces cuivres rythmiques redoutables,
ces sons à la limite de la saturation, ces délires
vocaux, dont ce que nous appelons aujourd’hui le Groove est
le résultat. Oui, on les connaît… mais à
travers 50 artistes différents qui en ont par la suite été
imprégnés, consciemment ou pas.
On pourrait rentrer dans le détail des innovations de cet
album, des hymnes à l’émancipation dont il est
truffé, mais n’oublions pas d’abord l’essentiel
: l’écouter. Pardon, …l’écouter
fort ! Il ne mérite ni ne supporte d’être entendu,
comme un album en bruit de fond quand on mange avec des amis. Proposons
leur donc à nos amis une soirée « Stand »,
interdisons toute discussion, et laissons les repartir en se disant
qu’on passe décidemment de bonnes soirées chez
nous.
Evidemment qu’à la première écoute,
on retiendra I Want to Take You Higher et son « Boum
Lakala Kalaka Boum » si familier, et puis Sing a Simple
Song dont le refrain est devenu un gimmick de référence,
et puis encore Everyday People (« Merde, c’est
pas Arrested Development qui l’avait écrite?
»), avant de rester interloqué par le groove entêtant
de presque 14 minutes du morceau numéro 7 (« Comment
ça s’appelle cette chanson ? Sex Machine ?
Sans blagues ? »)
Il faudra encore monter le son pour la deuxième écoute.
Pour profiter des autres morceaux, certes, mais aussi pour écouter
différemment ceux que l’on connaît déjà.
On se demandera en outre si Don’t Call me Nigger Whitey
(« Don’t Call me Whitey, Nigger ») est une sorte
de réponse pacifiste au Say It I’m Black and I’m
Proud de James Brown sorti quelques mois plus
tôt, on constatera la diversité de l’utilisation
de la guitare qui est encore l’élément mis en
avant dans la musique de Sylvester (rassurons-nous : Larry
Graham commencera à « slapper » pour
notre plus grand plaisir quelques albums plus tard), et à
la fin on aura envie d’y revenir encore un coup (« Pour
vérifier deux-trois trucs ! »).
Le mot « Funk » est totalement absent des paroles de
Stand. Je ne crois pas que la désignation d’un
style de musique par ce terme existait déjà en 1969.
Pour ma part, Stand et les deux LP qui suivront (There’s
a Riot Goin’ On, puis Fresh) sont l’archétype
de ce que j’entends par Funky : de la musique qui tâche
grave.
Laissons à Herbie Hancock le mot de la
fin. Au moment de la sortie de Headhunters (1973),
album qui marquera le début d’une nouvelle ère
pour le jazz (et pour le funk), il confiait : *«
O.K ! I like Sly Stone, I love Sly Stone. So why don’t
I just try and do some kind of funk record? ».
mej mars 2003
* extrait d’un article
de Mark GILBERT, dans le livret accompagnant le CD, 1992
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