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Comment s’est monté le label Big
Cheese ?
C’est assez simple en fait, j’avais un magasin de disques
vynils spécialisé en soul, funk et jazz monté
en 1989 (jusqu’en 1992) avec des copains de la banlieue d’où
je venais, Cachan. J’ai rencontré Simon, qui est ensuite
devenu mon associé et partenaire, dans le magasin, en octobre
1990.
Il a monté une première soirée nommée
« Laboratory » en décembre 1990. Un an après
le 26 octobre 1991, on montait notre première soirée
« Le groove qui pue », Le fromage était né.
C’est l’histoire des milles flyers envoyés avec
un bout de fromage ( du roquefort papillon pour le citer ) à
l’intérieur d’un sac plastique . Au bout de 2
ans de soirées un peu partout avec les copains : la Malka
Family, Dee Nasty , Pure,
Aldo, Bando, Ziza, on s’est dit
que ça serait bien de monter un label de funk en France.
Pure avait monté un label de compilation et nous on était
pas trop pour ça, même si c’est grâce à
ça que BigCheese est né.
Le
3 mars 1993 on a lancé « 12 Tasty Groove ». Ça
a été un tremplin pour ramasser un peu d’argent
et pouvoir produire les artistes après. Dans la même
année on a sorti le premier single de Big Cheese
All Star et le premier single de Batu (un groupe disparu
mais où il y avait des mecs qui font maintenant de la prod
pour Neneh Cherry, un des gars a même monté
Stomp…).
Donc dès le départ vous vouliez
faire de la production ?
Oui, même à travers nos soirées. Notre but
était de produire de la musique pas de faire des compilations.
On a fait Disco mobile avec les Malka et d’autres
trucs avec Batu (en avril 1993 et dont le single
est sorti en septembre 1993 ). En mai 1993, avec Simon qui est batteur,
on a fait une rencontre entre ses amis musiciens en Angleterre et
les musiciens parisiens, de là est né le premier single
des BigCheese All Stars.
D’ou viennent ces noms, BigCheese, Le fromage
??
On était dans ma boutique et on cherchait un nom, j’ai
dis la baguette, car on voulait surtout pas un nom comme «
whatsup » ou « groove » : on voulait vraiment
un nom français et pas américain. J’ai sorti
« le fromage » et Simon a ajouté tout de suite
« the sticking groove », et on est parti là dessus.
Le fromage, le groove qui pue. D’ailleurs dans les premières
soirées mon nom de dj c’était Momux de Paris
et Simon c’était BigCheese de Londres. Comme on voulait
exporter nos disques il nous fallait un nom international, on a
pris BigCheese. Mais le nom de la société c’est
Le Fromage Production .
Pourrait tu nous parler du contexte ? Aujourd’hui
il y a une multitude de labels , était ce le cas au début
des années 90 ? Etait ce plus facile de monter un label ?
Non,
c’était pas plus facile. Pour ceux d’aujourd’hui
c’est même bien plus simple car ils ont eu des papys,
qui sont nous, Bando et Aldo (ndlr
: Compilations Pure)qui leur ont quand même ouvert plein de
portes surtout au niveau de l’export. Même aujourd’hui
quand je vois avec qui travaillent les Daf Trax,
tous ces labels très très hype : ils ont les mêmes
distributeurs qu’on avait à l’époque.
Le terrain était très très hostile, les majors
ont eu peur de nous.
C’est pour ça qu’en septembre 93 j’étais
dans le bureau d’Emmanuel de Burtel qui à
l’époque était le patron de Virgin France (
aujourd’hui Virgin Europe ) qui nous a contacté rapidement.
Il a senti qu’il y avait un truc qui était en train
de naître et qu’il fallait pas que ça échappe
aux maisons de disques.
On était en terrain vraiment hostile en France, à
l’époque tu vendais 200 vynils : on vendait en Allemagne,
aux US, en Italie, au Japon, en Espagne, en Angleterre et en France
on vendait rien. Même si pour la première compilation
on a quand même fait sur 2 ans d’exploitation,14 000
disques. Mais dans la première année d’exploitation
on a fait quelque chose comme 8000 et 7000 à l’étranger
_ et le reste ça a été 500 de main à
main et 500 vendus dans les Fnac et Virgin
A l’époque on était distribué par
Karamel et ils faisaient un super boulot, Bettino
et Xavier se sont battus pour notre label.
Et puis c’est vrai, il y a eu des labels que moi j’ai
jamais été trop dans leur trucs comme Yellow,
il y a des gens comme Alain qui a une vrai culture musicale _ mais
après il y a un truc et tant mieux et grand bien leur fasse,
trop economico-politique- marketing _ très vite les majors
se sont dis eux « mais alors eux font un VRAI truc plus compliqué
à développer », eux ils font un truc plus pour
nous.
Et ils ont été plus rapidement vers des labels comme
Yellow même si on avait signé une licence en 95 avec
Sony pour l’ensemble de notre catalogue.
On s’est vite rendu compte que ce qui les intéressait
c’était « Quelle aventure »de NoSe
et Menelik, et que les BigCheese All Stars,
Batu, Schkonk ça ne les
intéressait pas. Donc au bout d’un an on s’est
séparé à l’amiable et on a récupéré
notre catalogue. Mais on était déjà autre part,
il y a avait des choses qui s’étaient passé,
entre la création du fromage en 91 et 95, on était
8 ou 9, il fallait faire vivre le label, je sentais que tous les
employés avaient aussi envie d’oxygène.
Notre erreur a été de vouloir faire grandir ce label
pour les artistes pour pouvoir mieux les rémunérer
et pour les gens qui travaillaient avec nous. Entre 93 et 95 on
a été jusqu’à 11 personnes et il fallait
que tout le monde soit payé.
Comment avez vous rencontré Lazoo, votre
dessinateur ?
Elle est extraordinaire cette rencontre : on allait à
L’Affiche (ndlr : magazine hip hop dont le rédacteur
en chef est Olivier Cachin) où lui faisait
déjà des dessins et c’est Franck Fatalo
et sa femme Sophie qui nous ont présenté Lazoo.
Elle est anglaise comme Simon et lui a dit « ça
serait bien que vous rencontriez Lazoo notre dessinateur ».
On leur a répondu que si on pouvait ce serait vraiment un
rêve pour nous vraiment car il a l’esprit. Voilà.
Ça a été un travail à trois. Ce n'était
pas "il écoutait la musique et faisait un dessin"."
Non" : on lui apportait le concept de la pochette, on lui donnait
les caractères et lui, donnait vie à ces idées.
Par exemple, on voulait que ça dégouline pour le Meltdown,
que ça soit classe pour The smoocher …
Vraiment le destin de BigCheese est lié à
Lazoo et le destin de Lazoo est lié à BigCheese.

D’après toi, pourquoi le label a
tant marqué les gens ? Il y a plein de compilations sur le
marché aujourd’hui, quelqu’un qui écouterait
une compilation BigCheese maintenant verrait-il une différence?
Je pense que c’est parce que Simon et moi on était
complètement passionnés et on avait rien dans la tête
concernant l’appât du gain, une situation sociale ou
le développement économique de notre association.
Car ce n’était pas une entreprise à la base,
ça l’est devenu seulement en 95 quelques mois avant
la signature de la licence avec Sony. Quand on a démarré
avec Simon, c’était vraiment tout pour le funk et on
savait que dans un pays très hermétique à cette
musique ça allait être dur.
Non, il n’y a pas plein d’autres compilations : la première
compilation 12 Tasty Groove, encore avec toutes les compilations
qu’il y a sur le marché, il n’y a pas un mec
qui a réussi à me sortir trois titres d’affilée
qu’on a mis sur cette compilation. Les mecs sont encore en
train de chercher les disques !!
Sur le Smoocher et The Meltdown on a apporté
quelque chose qui n’avait jamais été fait :
on a commencé à catégoriser. Parce que c’était
ça à la base le but : l’éducation des
français : culture, culture, culture !
Donc on a essayé de sectoriser : ça c’est le
funk rare groove, ça c’est de la sweet soul, de la
soul mellow pas la soul comme le on croit en France : Otis
Redding, Aretha … La soul qu’on
écoute Simon et moi c‘est Donny Hattaway,
Leroy Hutson, Curtis Mayfield, énormément
Chicago, la Northern soul et les dérivées de la Northern
soul. Quand tu regardes ce qui s’est passé dans les
années 60 à Chicago et jusqu’où ils sont
arrivés, c’est vraiment la représentation pour
moi de la soul dans toute sa splendeur, aux États Unis. On
passe d’un truc assez rude du genre northern soul à
la sweet soul de Leroy Hutson où c’est
sucrée à souhait, où t’en peux plus tellement
c’est sucré.
Et puis il y a eu le Meltdown qui est quand même
la première compilation jazz funk qui tienne réellement
la route. On est même allé chercher Shawn Phillips
qui faisait du rock et on a réussit à trouver un titre
qui était fait par toute la section rythmique des Headhunters.
Pour te dire, on a même coupé le morceau sur un solo
de sax rock and roll pour garder cet univers.
Je pense que ce label a été fort car il était
fait tout simplement fait par des passionnés et qu’il
a une image qui correspond à la musique qu’il y a dans
les disques. On s’est toujours battu pour la musique et pour
faire connaître ce qu’on aimait via les compilations.
Et donner un peu la culture que les Anglais ont depuis toujours
mais qu’en France on avait pas. Et puis les gens se sont rendus
compte qu’on n’était pas qu’un label à
engendrer du fric et à faire une belle image comme Goldmine.
Tout notre argent on l’a investit sur des albums. Quand tu
vois que l’enregistrement de l’album des BigCheese
All Stars a duré deux mois avec dix musiciens excellents
qu’il fallait payer car ils sont excellents et ils le savent,
dans les plus grands studios londoniens. Les gens se disent :
« ces mecs là bluffent pas ».
C’est vrai qu’après 1995-1996 quand Simon a
décidé de rentrer en Angleterre ça a été
très difficile pour moi de continuer.
Même si j’ai fait The Smoocher is back, une
rapacité et Cuisine Moderne, j’étais
autre part. La passion n’était plus authentique comme
au début. Je pense que c’est ça qui a poussé
et puis le fait qu’on se mouille : tous les deux jours on
était sur la route à jouer nos disques. J’allais
à Rennes, il y a avait trois pèlerins qui écoutaient
du rock mais à la fin ils me demandaient mon numéro
pour savoir où trouver mes disques !!! C’est juste
ça, c’était trop authentique.
Quand et pourquoi le label a disparu ?
Il y a une vérité économique, c’est
que Pias a essayé de nous bouffer, ( petit
contentieux actuellement entre big cheese et pias France ). Mais
la base c’est que le cordon ombilical a été
coupé : ce sont deux personnes qui ont créé
ce truc en 91 et Simon est rentré en Angleterre en 97 et
c’est vrai qu’après j’étais un peu
comme le loup solitaire qui courait. C ‘est pour ça
que j’ai arrêté. On m’a proposé
20 fois de reprendre ce label ou d’en monter un autre. Tous
mes amis que ce soit Pal en France, en Angleterre, en Suisse, aux
Etats Unis, car j’ai un frère qui vit là bas
qui gagne bien sa vie et aurait pu me financer. Mais j’ai
rien voulu faire les 12 mois après, je me suis dit : on ferme
BigCheese pour l’instant et on verra après. Mais il
est évident que le label va revivre .
Il y une rumeur qui tourne en effet … peut
on l’affirmer ?
Oui, tu peux l’affirmer : le label va redémarrer dans
les 12 à 18 mois (ndlr : l’interview date de juin 2002)
et c’est Pal
qui va s’occuper de la direction artistique.
Évidemment j’ai une grande culture, une grosse collection
de disques, aux alentours de 15 000 33t et 7-8000 45t mais je ne
me sens plus le jus ; je peux lui un coup de main, lui dire «
fait gaffe à ça … », lui donner des conseils.
Mais on sent qu’il a envie, qu’il est passionné,
aujourd’hui pour moi mon meilleur ministre c’est Pal.
Et puis c’est vrai qu’il y a un moment donné
où il faut savoir s’arrêter et se dire qu’il
y a des gens qui font ça mieux que toi. Même si tu
es autant impliqué, tu peux avoir un autre rôle dans
le label, parce que tu as plus de hauteur.
Je n’ai rien fait pendant un an et puis on m’a proposé
3 boulots dont celui que j’ai pris ici : directeur artistique
dans un petit label qui me correspondait plus qui est V2.
J’ai refusé des postes dans des multinationales car
le cadre me correspondait moins. Aujourd’hui j’ai beaucoup
appris grâce à V2 et je pense pouvoir gérer
beaucoup mieux ma structure, mes promos.
Et puis on a aussi arrêté car on gérait très
mal notre boite, on était deux passionnés et puis
quelqu’un que je n’ai pas cité qui était
le gestionnaire de cette boite. Mon ami, Frederic Moyal,
le coordinateur administratif de BigCheese. Il travaillait avec
deux fous passionnés qui dès qu’ils recevaient
de l’argent voulait partir aux Etats Unis acheter d’autres
disques, rencontrer les musiciens. J’ai rencontré
Porter le bassiste des Meters, on a pratiquement
fait un disque ensemble. Mais après son agent a commencé
à bidouiller des trucs on s’est dit, « nan c’est
trop gros on le fait pas ». Fred, lui, il a fait tout ce qu’il
pouvait avec ces deux fous.
Que sont devenus les autres membres du label
? Je pense à ton frère Ziza qui a monté Superclasse,
François Gonzalez qui a crée Follow Me.
Qu’on remette les choses à leur place premièrement
: les membres et créateurs de BigCheese sont Simon
et moi-même, ensuite il y a une troisième personne
qui vient se greffer qui s’appelle Frédéric
Moyal, qui était administrateur, conseiller financier
(il faisait toutes les démarches bancaires administratives,
demande de subvention, etc..). Donc ça c’est le corps
de BigCheese. Après il y a des gens comme Lazoo,
qui fait partie intégrante de BigCheese, même si c’est
un électron libre. Ensuite il y a avait des gens comme Laurent
Aïello qui était notre infographiste, qui aujourd’hui
travaille dans la pub. Après entre 93 et 95, quand on a démarré
avec Sony, on s’est dit que peut être qu’avec
les moyens qu’on avait on pouvait donner la chance à
ceux qui aiment la musique, pour s’occuper de la distribution.
Donc Ziza est arrivé, mon petit frère,
qui a aujourd’hui Superclasse. Julien, son
ami a aujourd’hui un glacier sur la rue Oberkampf et puis
François Gonzalez qui est aujourd’hui
dans Follow Me. Un label dont je ne suis pas très
fan d’ailleurs, c’est pas trop mon trip. Attention je
n’ai rien contre François, c’est le label.
Je préfère de très loin, un mec comme Pal
qui se démerde avec, je vais dire franchement, « sa
bite et son couteau. », qui fait ses 45 tours Bag’
o ‘groove qui apportent vraiment quelque chose car
on ne les avait jamais écouté. Ou Strut qui font un
truc assez classe, c’est joli.
Même des labels avec de la musique un peu plus jeune comme
Compost qui font des trucs géniaux en Brésil.
Quand c’est ça, je supporte à 100%. Quand c’est
juste pour faire une compilation et faire un peu de blé,
je ne vois pas trop ce que ça apporte.
Mais mon disque préféré de big cheese c’est
« the smoocher is back ».
Quel regard portes-tu sur les labels spécialisés
funk ? Quel est le meilleur selon toi ?
En France, il y a pas un label pendant 3 ou 4 ans de travail qui
ait donné quelque chose d’aussi fort et vrai que BigCheese,
pas parce que j’étais dedans, c’est juste une
constatation. Aujourd’hui c’est vrai que je fais mon
travail de directeur artistique avec beaucoup d’entrain mais
beaucoup moins de passion que dans BigCheese. C’est vrai qu’aujourd’hui
citer un label label funk qui me ferait rêver y’en a
pas…même si y’en a que je respecte comme Comet
ou Superclasse, qui font un très bon travail.
Il y a aussi un certain travail que je respecte chez les gens de
Strut, mais je trouve que c’est trop bien organisé,
c’est pas le funk ça ; le funk c’est le bordel
! Le funk c’est le mung : le premier titre qu’on
a produit des BigCheese All Stars. C’est
entre le fromage coulant et ce que secrète une jeune demoiselle
quand il fait chaud. C’est ça le funk.
A l’époque le funk c’était rien d’autre
qu’une musique où Sly Stone a mis
un beat ( en avant ) dans « Dance to the Music »
et James Brown a dit c’est moi l’inventeur
du funk. Alors que c’était Sly stone, en 1967, soit
trois ans avant. Tandis que le premier titre funk de James c’est
« The chicken » sur l’album Popcorn.
Après c’est rien d’autre que du jam, avec un
beat et où les mecs s’éclatent. Et où
Il y a pas le truc structuré. Je trouve qu’aujourd’hui
le côté classe ça nous bouffe l’univers
du funk, c’était pas ça. Si tu regardes les
pochettes de 60 à 80, c’était pas ça.
Ça a commencé à devenir ça quand l’industrie
du disque s’est intéressée au funk, qu’elle
en a fait du disco et qu’elle a tué le funk. Voilà.
Pour le moi le funk aujourd’hui c’est un mec comme Raphael
Saddiq, j’adore ce mec. Le funk est en train de revivre
comme ça, on est passé par le hip hop , le sample
etc et là c’est en train de revivre depuis le premier
album de D'Angelo. C’est du funk avec un
peu de soul, de jazz, avec ce beat sur le temps. Je serais plus
pour ça que pour un label de rééditions. J’achète
quasiment pas de compilations donc je peux pas juger mais un label
que je veux absolument citer c’est Bag’o’groove,
qui est un super petit label. J’aimais aussi à une
époque ce que Bando faisait avec Desco.
Tiens à ce propos vous avez récupérez
son catalogue non ?
Oui c’était en 1997.
Est-ce que tu crois qu’il y a un marché
en France pour le funk ? Est-ce que ça peut aller mieux,
rivaliser avec l’Angleterre ?
Bon déjà, si les gens qui l’aiment n’y
croient pas, on ira nulle part. Mais il y a une chose qui est certaine,
c’est qu’on a pas la même culture que les Anglo-saxons.
A 10 ans, la prof de musique elle ne leur fait pas écouter
Schubert mais Coltrane, Parker, Davis.
Ce sont eux qui ont fait le funk. On ne rattrapera jamais les Anglais,
mais c’est pas une question de rattrapage c’est une
question de passion. J’pense que plus il y a de gens comme
toi, jeunes qui aiment cette musique, qui ont envie de la défendre,
plus il y a de gens qui vont en parler comme on l’a fait avec
beaucoup d’engouement pendant 6 ou 8 ans avec BigCheese
( les gens l’ont encore dans la tête, j’ai croisé
un mec de 14 ans récemment qui, quand il a su que je faisais
partie du label, a commencé à me parler des titres
du Meltdown, du Smoocher. Je me suis dit «
non c’est pas possible ! Ça fait dix ans qu’on
a arrêté le truc ! » ) et ça continuera.
On avait besoin de ça, on a besoin de trucs comme vous, on
a besoin que ça continue, que l’information continue
à passer. Et votre site fait un super boulot, je l’aime
vraiment beaucoup.
Merci..
Non mais c’est vrai. Parce que le vrai manque qu’on
a en France c’est un manque d’informations. On peut
pas écouter, les mecs qu ont des collections ils veulent
pas partager, ils veulent pas faire voir leurs disques. Notre mentalité
c’est absolument pas celle des anglais. Ils ont un goût
certain pour cette musique, en France aussi, mais ce ne sont pas
tout à fait les mêmes, on a pas les mêmes oreilles.
On a pas la même culture musicale et c’est très
important pour nous français (et d’origine puisque
je le suis). Tous les gens qui aiment le funk faut qu’on continue
à jouer, à rencontrer des gens comme toi qui diffusent
l’information. A faire ce travail, que je fais de manière
plus sporadique car j’ai des obligations. J’ai eu une
période de dépression et de déprime vis à
vis du funk en France, je trouvais que c’était très
« éphémère », tout le monde a voulu
s’accaparer le funk. Aujourd’hui le funk c’est
à toutes les sauces, ça veut plus rien dire. Les gens
préfèrent la facilité et ils s’arrêtent
à un truc, pour eux Bob Sinclar c’est funk.
Tant que des mecs continueront à jouer cette musique, à
chercher des disques, ça vivra. C’est parce que j’ai
15000 disques chez moi que je mets tout le monde à l’amende.
Ce n’est pas vrai, ma collection n’est pas terminée.
Si je prends l’exemple de Pal, il a des disques
que je n’ai pas et inversement. Il en a 1000-1500 mais sur
ceux là il y en a 100, 150 que j’ai pas et j’étais
comme un fou quand Pal me les a fait découvrir. Et c’est
pareil pour lui.
La musique c’est comme l’être humain, il n’y
en a qu’un mais faut absolument garder ses différences,
nous on a le droit d’écouter du funk, les autres ont
le droit d’écouter Céline Dion.
Il est regrettable qu’en France on s ‘arrête à
Marvin Gaye alors qu’il y a Donny
Hattaway qui sur chaque titre me fait presque pleurer,
en tout cas il crispe mon cœur. C’est un mec qui a une
vie extraordinaire, il crée un hôpital et se fait tuer
par la mafia noire de Harlem parce qu’ il essayait justement
de passer l’information.
Il faut continuer, c’est tout.
Pourquoi
avoir fait des soirées aux Bains Douches ?
Tout d’abord on pouvait jouer tout ce qu’on voulait
et puis David Guetta et un mec super sympa. Il
m’a appelé et m’a proposé de venir. Ceci
dit on a jamais voulu jouer en bas. Pour nous c’était
une salle avant tout. Mais bon on a quand même Spike
Lee qui est venu choisir des disques. Mais ce n’était
plus la grande période des soirées BigCheese, c’était
en 91 et 93 avec le fromage qui pue. En 93, il y a eu un gouvernement
de droite avec Charles Pasqua qui a fermé tous les endroits
un peu alternatifs, on n’a plus trouvé de salle, alors
quand 2 ans plus tard il y a un mec qui te propose moi je dis oui.
Le mec qui ouvre le frigo sur the menu, c’est
toi ?
Il y a des rumeurs qui disent que c’est moi, ou alors celui
de « Cuisine moderne. Peut être que Lazoo a été
inspiré mais je n’ai pas posé pour lui, il avait
plutôt Fred Wesley dans la tête. Après
la légende moi je la laisse.

Une autre rumeur : les compilations Funk Fu,
c’est toi ?
Oui et il va y en avoir d’autres : Fu d’amour
… c’est un trip qu’on a eu Simon et moi, de se
dire qu’on est encore là, faisons un dernier disque
de bonne facture. Même si on ne s’est pas trop pris
la tête sur le son et qu’on a changé de graphisme
avec un truc très cru.

Le petit collectif de distributeurs que
vous aviez était exceptionnel , Vital , Pias Comment s’est
il monté ?
On a commencé le réseau avec Karamel en
France, puis en Suisse avec Sound service, Piano
de High Tempo en Italie. Aux Etats Unis on était
distribué grâce à Didier, un jeune français
et via Cargo implanté au Canada. Au Mexique,
au Japon on vendait à travers Stock Link.
On était plein de petits indépendants, qui faisait
la distribution dans leur pays comme nous on pouvait la faire pour
eux.
Comme on voyageait en temps que Dj on a rencontré les gens
comme ça. Tous étaient des amis, vous nous distribuez
et on vous distribue, on fait venir les dj's.
On avait des bons disques aussi : on a fait 25000 « The
Meltdown » et 30000 « The smoocher ».
( en comparaison, la Funk Fu, on a vendu 4500 en France
et 3500 à l’étranger pour 3 titres très
rares ) .. Ça s’est fait autour de gens passionnés,
mais ça aujourd’hui ça n’existe pas, il
y a trop de marketing sur le funk. C’est pour ça qu’aujourd’hui
j’ai pas encore trop démarré même si il
y a Pal qui me pousse au cul car avant de se lancer il faut avoir
ce network de personnes passionnées.
Momo dj ?
Je le revendique : je ne suis pas un super bon Dj !! Mais par contre
ma sélection fait danser tous les gens et c’est ce
qui compte pour moi. Ce qui est important ce n’est pas de
faire le meilleur mix du monde mais de passer la musique que j’aime,
que potentiellement les gens vont apprécier et qu’il
va y avoir une interactivité entre nous. Si mes cuts ne sont
pas super beaux, c’est que je m’en fous. C’est
toujours ce que j’ai prôné à Pal qui me
dit « mais dis donc, tu pourrais faire un effort, tu peux
mixer super bien » mais je lui réponds « ça
c’est toi qui voit comme ça, je le vois pas comme ça,
mon truc c’est intuitif, tu mets un disque puis un autre »
; et il faut arriver évidemment à trouver le bon moment
pour mettre l’autre même si c’est pas mixé
dans le beat et que c’est mixé dans le son c’est
le principal. C’est ce qui s’est passé avec Simon,
on a vraiment pendant 4 ans joué partout, on est même
allé au « New music seminar » de New York ; on
a joué devant 8000 personnes avant Galliano. On est aussi
allé dans des banlieux pourries de Miami, en Angleterre,
en Suisse (où le public a une culture musicale étoffée).
Et des groupes français y’en aurait
à produire ?
Question piège… je vais de temps en temps aux concerts,
mais aucun groupe à produire. Il y a une scène, qui
peut être très intéressante si il y a mélange
avec le hip hop ou d’autres beats. Je prends l’exemple
de ce jeune nantais, Sylvain qui a un groupe qui s’appelle
Hocus Pocus, qui est très bien. Mais dans
le funk pur et dur, non !
Si on remontait un groupe de funk avec BigCheese, il est évident
que je repartirais sur un All Stars. J’irais aussi bien chercher
un flûtiste en Allemagne, un batteur en Angleterre , un bassiste
en France, qu’un clavier en Italie. Il y a aura toujours un
ou deux du groupe de base, d’ailleurs c’est pour pouvoir
toujours rebondir qu’on l’a appelé le All Stars
et ne pas être enfermé dans un groupe.
Tu vois encore les anciens all stars ?
Oui
Le nouveau Big Cheese, ça donne quoi ?
On va démarrer en faisant une structure légère,
il y a aura Pal, un directeur financier et moi, et bien sur Simon
depuis l’Angleterre, on peut pas faire sans lui. Ensuite si
on produit les All Stars, on va choisir les 2, 3 mecs qui vont écrire
les titres. J’aimerais beaucoup que Luke (Williamson)
soit là pour les arrangements et les compositions et Charlie
Tate à la basse. Après on brodera.
On veut revenir assez fat, pas comme un petit label.
Un mot à ajouter ?
J’espère que le funk va rester vivant, avec des gens
comme vous il va rester vivant c’est sur. Cette scène
est hyper importante pour la jovialité de tous les jours.
C’est une musique très joviale sans prétention.
Et je trouve que justement aujourd’hui, les gens qui la font
sont très prétentieux, que ce sont des collectionneurs
de disques très minutieux et très hautain vis à
vis des jeunes qui démarrent et qui essayent de comprendre
et de savoir. Aujourd’hui j’ai très peu de compassion
envers ceux là alors que j’ai beaucoup de compassion
et j’ai envie d’aller vers les autres, les jeunes qui
font des choses et qui se démènent.
Big Up à Fred Moyal mon pote qui a eu du mal à installer
le funk vers Bordeaux, il a monté un bar et fait descendre
pas mal de monde
Big Up à Simon, qui est toujours aussi passionné même
si aujourd’hui il est banquier
Big Up à Pal, à mon petit frère Ziza et à
tous ceux qui ont continué à faire vivre le truc pendant
qu’on était absent ( même si on était
toujours là quelque part) … et vive le funk !!
Big Up à Edwina, Catherine, Julien, François G., François
D., Lolo et tous ceux de l’équipe.
La question la plus dure, si tu devais emporter
10 disques avec toi…
1 Donny Hathaway Extensions of a man
2 Marvin Gaye What’s going on ( la version deluxe en cd )
3 Meters, les 3 albums sur Josie
4 Sly Stone There's a riot goin' on
5 Leroy Hutson II
6 Miles Davis Water Babies
7 Herbie Hancock Headhunters
8 The smoocher
9 The Smoocher is back
10 Premier album de Notorious Big
11 Stevie Wonder Songs in a keys of life
12 The Lovelettes
mys35 février
2003 (propos recueillis en juin2002)

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