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The POETS OF RHYTHM nous viennent de Münich, où ils
ont déjà deux albums sous la ceinture et des tas de
singles depuis leur formation il y a 10 ans environ. Considérés
comme le premier et l’un des fleurons de la vague des groupes
de funk revival, j’ai eu le plaisir de les rencontrer au Hi-Fi
Club de Leeds en Février 2002…
Karl Sinclair: L’album Discern/Define a
été une des plus grosses ventes de 2001 en funk..
Tout d’abord pouvez vous nous dire comment s’est fait
cet album et ensuite pourquoi il a mis tellement de temps à
sortir ? Le premier, Practice What You Preach est sorti il y 10
ans, çà fait quand même un petit bout de temps
entre deux albums, non?
Poets Of Rhythm: On a fait pas mal de 45t sous d’autres noms
entre temps… The Soul Saints Orchestra, The Pan Atlantics,
New Process, Bus People Express et beaucoup d’autres projets
annexes. On n’a pratiquement pas arrêté une minute...
Donc vous voulez dire que votre groupe est
resté ensemble et n’a pas arrêté d’enregistrer
?
Le truc avec les albums c’est qu’on est entré
en conflit avec la maison de disques tout de suite après
le premier disque. Au départ on devait faire trois albums
par contrat avec le label Soulciety, mais pour
les deux albums suivants on a préféré abandonner
nos droits sur les 45 tours. En fait nous ne voulions plus nous
investir dans cette relation qui était déjà
faussée. C’est ce qui nous a pris tout ce temps.
Alors comment êtes vous arrivés
à ce deal avec Quannum/Ninja Tunes?
On a signé avec Quannum
qui font partie de Ninja Tunes, donc on n’a pas vraiment de
contact direct.
Votre 1er album, Practice What You Preach,
est ressorti sous le titre, What Goes Around sur Shadow Records.
J’ai lu un article sur le net suggérant que cette ressortie
avait été faite sans votre consentement et que vous
ne toucheriez aucune royautés... pouvez vous nous éclairer
un peu plus sur le sujet ?
En fait c’est vrai parce que Soulciety possède
toujours les droits du 1er disque donc ils gardent tout… Mais
le contrat expire bientôt donc ils essaient de se sucrer avant
que çà ne soit trop tard.
Et donc à la fin de ce contrat vous
récupérerez les droits?
Oui, mais ils ne nous ont toujours pas payé pour un
tas de choses que nous avons faites pour eux alors c’est encore
autre chose, tu vois. C’est qu’après la tournure
qu’ont pris les choses après le 1er LP nous ne voulions
plus rien avoir à faire avec eux.
OK on ne va pas s’étendre sur
les aspects négatifs, alors parlons un peu de la musique
que vous faîtes en ce moment. Il semble bien qu’il y
ait eu un grand changement d’orientation musicale depuis ce
1er album. Les 45t sortis entre temps nous permettent de suivre
l’évolution mais pour ceux qui ne les ont pas entendus
pouvez vous nous décrire ces changements?
Pour être créatif il faut constamment aller de
l’avant, pour progresser musicalement. C’est une progression
naturelle, on n’aurait pas pu jouer la même chose pendant
10 ans! Sinon on se serait barbé tu vois ce que je veux dire!
Au niveau des paroles aussi il y a eu un
grand bond vers plus de spiritualité et une plus grande conscience
dans vos disques. A vos débuts çà ressemblait
plus à une approche du funk d’un point de vue du fun,
avec beaucoup d’insouciance. Mais avec des titres comme Eulogize
The Source et Guiding Resolution on arrive dans un domaine avec
une connotation plus politique et sociale.
En fait çà a toujours été là,
mais on ne retranscrit pas forcément tout tout de suite.
On a commencé par un certain type de funk qu’on a toujours
aimé mais maintenant nous allons vers une évolution
normale même si on garde nos bases. C’est juste une
autre facette. C’est difficile d’être tout l’un
ou tout l’autre… il y a toujours un côté
politique à toute chose tu sais…
Spécialement quand les magnétos
tournent!
Oui c’est cela, mais c’est juste un autre aspect
qui apparaît à la surface.
Donc on peut dire qu’à vos débuts
vous faisiez une musique plus commandée par la demande du
public pour un son dirigé vers les dance floors?
Non pas du tout. Des trucs comme "Upper Class"
le montrent bien. Ce développement a été graduel,
de plus en plus d’idées derrière la musique.
Beaucoup de gens qui sont intéressés
par votre musique et la scène DEEP FUNK comme on l’appelle
vous considèrent un peu comme les Parrains de cette vague
old school de funk analogique.
On a eu du pot de commencer à faire ce genre de musique
il y a si longtemps déjà! On a été l’un
des premiers groupes à faire ce genre de truc en Europe mais
je pense que c’est la seule raison. C’est peut-être
pour çà qu’ils nous appellent les pères
fondateurs du rare groove européen!
Comment est-ce arrivé d’ailleurs?
Pourquoi avez vous été les premiers à enregistrer
et à jouer ce genre de truc ?
Difficile de répondre... Peut-être l’influence
de copains de classe. Ce n’était pas un effort conscient
de notre part de démarrer une révolution musicale.
On aimait le son ‘live’ naturel et les vieux disques
de funk, tout simplement.
Donc vous êtes ensemble depuis l’école?
Pour le noyau dur du groupe c’est à dire The
Whitefield brothers Jan, Max et moi même (Bo). Wolfie
(Wolfgang) est avec nous depuis longtemps aussi, mais il a ses projets
solo aussi. Notre clavier aussi a été un catalyseur
dans cette évolution musicale.
Travaillez vous donc avec d’autres
musiciens fréquemment ? Bien que beaucoup de gens pensent
que pour garder une certaine cohésion musicale, un groupe
doit resté uni, je vois que pour vous, d’après
ce que je peux entendre, vous aimez absorber des tas d’influences
diverses et travailler avec d’autres personnes et d’autres
labels, un peu comme les musiciens de jazz...
Travailler avec d’autres musiciens change votre façon
de jouer, d’écouter, d’arranger. Ils amènent
un autre feeling. Donc même si on a commencé comme
un groupe classique çà n’a pas tardé
à évoluer. Il y a eu des départs et des arrivées.
Et puis comme on joue un type de musique très spécifique
on ne pensait pas pouvoir trouver d’autres personnes qui pouvaient
jouer ce que nous voulions… Mais nous nous ouvrons beaucoup
et ces dernières années nous avons eu plusieurs personnes
qui ont contribué à notre son. Comme par exemple l’influence
évidente de notre clavier.
On était plutôt hardcore à nos débuts.
On savait exactement quel genre de son nous voulions et je ne veux
pas dire que nous étions étroit d’esprit, mais
on ne s’écartait pas d’une formule qui est en
train de changer petit à petit ces derniers temps. On a passé
pas mal de temps en tournée avec un autre groupe de rock
progressif nommé Embryo, un des tous premiers à aller
se produire dans des coins comme le Maroc, l’Afghanistan ou
l’Inde. Il y a pas mal de groupes comme eux en Europe que
nous aimons bien…
J’aime bien sûr votre ‘vieux’
son mais tout le monde progresse avec une plus grande ouverture
d’esprit et l’écoute de différentes musiques.
Il y a beaucoup de groupes en Angleterre qui suivent dans vos traces.
Pas seulement ce que vous avez fait mais aussi par rapport à
ce que d’autres ont créé il y a 30 ans…
Il y a un gros mouvement maintenant et certains sont vraiment
très bons. Ils ont bien attrapé l’esprit.
Voyez-vous des similitudes entre la vague
deep funk et la très critiquée scène acid jazz
qui était à son pic il y a 10 ans.
Quand on a sorti notre premier album on était assimilé
avec des groupes comme Brand New Heavies et Jamiroquai
qui ne représentaient pas du tout ce que nous faisions. Certains
de ces groupes étaient fantastiques. La meilleure chose est
d’apprendre des erreurs du passé. Ce qui s’est
passé c’est que les labels ont sauté sur le
train en marche et ont complètement vampirisé le truc.
Le résultat c’est que beaucoup de musiciens et leur
crédibilité en ont souffert.
J’adhère totalement à
ce que vous dites. Mais j’espère que tout le monde
a bien compris la leçon. C’est peut-être la raison
pour laquelle le mouvement actuel est plutôt roots et ne se
soucie pas de passer en radio. Par ailleurs savez vous que Nick
Van Gelder, le batteur de Jamiroquai, a sortis des morceaux avec
Keb Darge sous le nom de Imaginary Visions sur le label Deep Funk?
Oui on a entendu parler de çà et on aimerai
bien savoir ce que çà donne.
Il est intéressant de voir quelqu’un
comme Nick, issu de la vieille scene acid jazz, s’investir
la scène néo rétro de la deep funk. J’espère
qu’il s’agit d’un signe précurseur qui
fera réfléchir les gens… Si cette musique continue
de se développer en terme de popularité, peut-être
pourra-t-on assister à un retour à grande échelle
de la musique basée sur le funk.
La gueule de bois qu’on a eue au réveil après
la mort de la scène acid jazz doit être gardée
à l’esprit. Les musiciens doivent pouvoir être
en mesure de contrôler la façon dont ils veulent faire
évoluer leur son. Faire ce qui vous plaît est la chose
la plus importante. Même en bossant avec notre nouveau label
Quannum, on a quand même des divergences d’opinion.
Dans ce cas la solution idéale ce
serait d’avoir votre propre label?
Bien sûr, mais on aurait besoin de soutien financier
pour faire çà, et sans beaucoup de temps et d’efforts
çà ne serait pas viable. Aucun d’entre nous
ne vit de la musique. On fait tous des trucs différents à
côté. On a même du pot de ne pas perdre de blé
sur une tournée comme celle là. Les coûts du
bus, des hôtels, de la bouffe et du reste, c’est là
que part le pognon. En plus on est plutôt des fainéants
! (rires)
Toutes vos prods ont été enregistrées
en analogique et pourtant vous avez un très bon son, avec
un feeling très ‘live’ qui a ses racines dans
le passé mais la tête dans le futur, un peu comme les
labels spécialisés dans les 45t de funk. Que pensez
vous de ces labels qui veulent garder le son roots authentique?
Pour être honnêtes on a entendu des trucs qui vont
peut-être un peu loin dans le genre pourri pour faire ‘à
la manière de’, pour faire un style old school ! J’aime
bien mais il ne faut pas en abuser parce que des fois çà
ne marche vraiment pas! Si on veut faire de l’authentique
alors ce n’est pas facile de bien le faire. Il y a de la musique
expérimentale qui sonne bien mais nous avons notre propre
idée du son que nous voulons avoir.
Il faut bien sûr expérimenter avec
les sons mais je me demande si je ne serai pas un peu trop indulgent
avec moi même si j’avais mon propre label. Remarque
je ne sais pas si je le sortirai non plus dans le commerce à
ce moment là.
Certains labels en font trop peut-être...
J’ai vu ici même la semaine dernière
le groupe The Soul Destroyers, avez vous pu voir l’un de ces
groupes Anglais?
Non pas vraiment. On ne les a pas vus, mais on a deux de leurs
simples. On a quand même jammé avec Malcolm Catto (le
batteur des Soul Destroyers). Il est vraiment bon.
Le groupe est paraît-il vraiment terrible. On va jouer avec
eux au Festival Deadbeat alors on va bien voir. Le dernier groupe
que nous avons vu en live c’est Nick Cave
(and the Bad Seeds). Lui aussi était vraiment bon.
Dans cette même perspective, j’étais
très intéressé par votre approche de la batterie
Max. Je pensais que vous taperiez là dessus comme un furieux.
Mais votre approche physique est très différente de
la plupart des batteurs. C’est très jazzy dans le sens
ou tout part De ton poignet et tu ne lève jamais les bras
au dessus des épaules…
Oui la plupart des gens pensent que plus il y a de mouvement et
de force derrière les baguettes, le mieux c’est. Mais
y’a pas besoin d’être Rambo pour avoir une attaque
super dynamique et énergique. Pas besoin de faire du drumming-fitness.
I suffit juste d’amplifier le set un peu plus fort ! (rires)
Oui je blâme des gens comme Phil Collins
ou des groupes comme Toto. En parlant du Deadbeat festival aurez-vous
l’occasion d’aller écouter les autres groupes
présents à cette occasion ? Le groupe qui jouera en
sous sol s’appelle Knucklehead et ils joueront avec des gars
issus de The New Mastersounds.
On n’a vu aucuns des groupes qui se produisent là.
Alors je suis sûr qu’il y aura des trucs sympas. C’est
une grosse opportunité de jouer devant un public ouvert puisque
le programme du festival est très éclectique. Il y
aura aussi une audience importante en terme de nombre. Donc une
occasion de toucher des gens qui normalement ne seraient pas venus
nous voir si nous avions été seuls sur l’affiche.
La réaction du public est donc importante
pour vous, je veux dire que votre perception d’un bon ou un
mauvais concert passe par là aussi ?
Non, la plupart des musiciens te diront que le feeling que
tu as sur scène est indépendant de celui du public.
Tu peux tout foirer et faire en sorte que le public trouve çà
génial. Et à l’inverse, ils peuvent trouver
le concert tarte et pourtant vous savez que vous avez été
bons. Ce sont les hauts et les bas qui font que çà
reste intéressant et enrichissant.
Il se peut que des fois les ratages vous
inspirent de bonnes idées je suppose?
Oui je préfère des fois des types qui se plantent
plutôt que des performances techniquement parfaites. C’est
ce genre d’impro que nous aimons faire pour voir comment faire
évoluer un morceau ou un passage de musique. On ne veut pas
faire la même chose tous les soirs, tu vois? On se ferait
rapidement braire. Le Funk est un genre très étroit
et çà peut devenir rapidement casse pieds si on applique
toujours la même formule. On veut repousser les barrières
autant que l’on peut. Tout groupe qui se respecte devrait
écouter autant de trucs différents que possible pour
pouvoir continuer à développer des idées pour
ne pas rester à faire du sur-place. Ne faire et n’écouter
que du funk serait par trop répétitif.
Je vois que vous écoutez de la musique
traditionnelle Marocaine en ce moment…
Oui je suis né en Afrique et j’ai entendu ce
genre de musique dans les rues et un peu partout. Quand on a commencé
à diversifier notre son, notre public a eu un peu de mal
à avaler çà mais en tant que musiciens on doit
pouvoir changer ou évoluer.
Alors la question est, devrons nous attendre
encore 10 ans pour le prochain album?
Qui sait? On aime avoir toutes les options à notre
disposition ! (rires) Sérieusement si on savait à
l’avance quand nous pourrons sortir des albums, on te le dirait
mais on explore tous des voies musicales différentes pour
se retrouver ensuite. Donc c’est toujours une surprise pour
nous même quand on arrive à compléter quelque
chose. On va donc laisser faire les choses naturellement.
Si quand nous nous retrouvons on voit que quelque chose se passe
et que de nouvelles idées voient le jour alors nous sortirons
çà. Mais on ne planifie jamais du genre on sortira
un album tous les tant.... Il faut pour que cela marche que nous
ayions le sentiment que le son est comme il faut et que nous ayions
quelque chose à dire, sinon çà ne marche pas.
Il nous est arrivé de faire quelques trucs que nous n’étions
pas forcés de faire mais que nous avons fait sans autre motivation
que celle de sortir quelque chose et ce n’est pas une bonne
façon de bosser. On se mets la pression tous seuls comme
si on DEVIONS finir quelque chose et quand c’est comme çà
c’est la musique qui en souffre.
La plus importante chose est de se demander ce que tu es en train
de faire et pourquoi. Alors si il suffit de sortir de chez soi et
de jouer du funk c’est trop simpliste. Il faut quand même
savoir ce que tu veux faire passer.
Cest exactement la raison pour laquelle j’ai
été heureux de découvrir la musique de groupes
tels que le vôtre qui utilisent des méthodes traditionnelles
pour créer quelque chose de nouveau et de vital plutôt
que d’avoir à écouter constamment de la musique
de plus de 30 ans d’âge. Alors çà va peut-être
être bizarre que je vous pose cette question après
ce que vous venez de me dire sur les dates de parution, mais quand
aura-t-on la chance de pouvoir écouter un album des Whitefield
Brothers?.
Il doit sortir le mois prochain mais... on ne sait jamais avec
les maisons de disques! Çà va sortir quand çà
va sortir ! On essaie de ne pas se polluer le cerveau avec ce genre
de trucs. De toutes façons çà ne dépend
pas de nous !
Bon je ne vais pas vous pousser alors!
Le très prochain album des Whitfield Brothers album,
In The Raw, sur Soul
Fire records a été acheté après
un concert mémorable pour £10 et il contient quelques
tracks superbes. Ecoutez le dansant Sol Walk, Yakuba
ou le très afro-funk-jazz Eji. Egalement disponible
sur Soul Fire, vous trouverez les 45T qui ne seront pas sur le LP.
Remerciements à Bo, Jan et Max pour leur disponibilité
et à Ed Mason et le Hi Fi Club qui nous a aidé à
rendre cette interview possible.
Karl Sinclair
2002
Traduit par Wonder
B du Mothership Funk Club de Paris et Rédacteur de FUNK-U
Mag (février2003)
Traduction et publication avec l'autorisation de l'auteur, un grand
merci à lui !!
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