| C'est
au studio 104 de la maison de la radio que le rendez-vous a été
pris avec le TRIO MOCOTÒ, ce soir là invités
au " Pont des Artistes " sur France Inter. Le Trio Mocotò,
ce sont trois lascars à l'origine du samba rock. En effet,
Joao Parahyba, Fritz et Nereu ont été les percussionnistes
de Jorge Ben et ont participé à tous les plus grands
succès de Jorge Ben comme " Pais Tropical "mais
aussi " Comanche " et bien d'autres. Ensemble ils font
du samba rock, une samba qui n'est pas vraiment une samba, la frappe
est influencée par le funk de James Brown. Ils sortiront
trois albums solos et avorteront leur carrière en 1975 avec
un album sorti en Europe mais pas au Brésil. Vingt-quatre
ans plus tard ils nous reviennent avec encore plus d'énergie
et de groove et leur nouvel album " Samba rock ".
Propos recueillis et traduit du brésilien
par N.Soares
Votre dernier album est sorti en 1975 que s'est-il passé
pour vous pendant ces 24 années ?
Joao
Parahyba : Moi j'ai arrêté de jouer et je suis
parti travailler dans les entreprises de ma famille qui avait des
fabriques de choses diverses et des cheptels de vaches. Fritz est
devenu pianiste, parce qu'à cette époque le percussionniste
n'était rien, c'était la dernière des choses.
Le premier est le pianiste le deuxième le guitariste, le
troisième le bassiste etc...
Alors Fritz s'est dit si je n'ai pas de valeur avec ma Cuica, je
vais apprendre le piano et je vais jouer du piano.
Fritz : Oui, c'est vrai je vais te raconter. Le pianiste
que nous connaissons était un maître issu d'une famille
de musiciens, prestigieuse au Brésil. Un jour il nous a avoué
qu'il avait honte d'être accompagné par des percussionnistes
car il estimait que son art méritait mieux.
Ça m'a foutu la rage, alors je suis dis avec son piano je
ne peux rien jouer mais je vais apprendre et je lui ai dit :
"Un jour on verra si tu seras capable de jouer de la Cuica
comme moi je jouerai du piano."
Ce même jour il y avait Dizzy Gillepsie et Charles Mingus
qui passait dans le club où l'on se produisait avec ce pianiste.
On lui a dit " vas y joues, toi qui est un maître
improvise un peu de jazz pour eux ". Il a refusé
mais nous on a accepté et après l'impro, Dizzy nous
a demandé s'il pouvait taper, Joao lui a dit oui d'un air
sceptique et amusé. Dizzy a saisit la percussion de Joao...
il n'a rien joué mais il faisait comme si, en chantant et
riant... Il pouvait être le roi du jazz mais avec l'instrument
de Joao il n'était rien. Il nous a même demander la
permission d'en jouer .
Joao : Ce qu'il s'est passé c'est que Fritz a étudié
le piano et a commencé à chanter des musiques américaines,
françaises, italiennes dans un restaurant suisse...
Fritz : Je peux aussi chanter du fado...
Joao : Ah! Oui du Fado. Le fado c'est le feu, le feu de l'âme...
il faut bander pour chanter ça.
Quoi ?
Joao : Oui! Oui! Bander ! Amalia Rodrigues elle-même
confessait qu'elle finissait par mouiller quand elle chantait le
fado.
Comment vais-je traduire ça ?
Joao : Tu n'as qu'à traduire ça par feu intérieur
ou bander tout simplement...
Fritz : L'envie, une grande envie
Ok c'est les deux. Poursuivons !
Joao : Nereu est devenu producteur de groupes de
samba à Sao Paulo, de la musique de qualité pour les
night club et ça pendant 28 ans.
Donc ensuite que s'est-il passé ?
Joao
: En 1994, notre dernier disque de 1975 avec " Que nega é
essa " et " Nao adianta " a été amené
au brésil par quelqu'un . Il a commencé à être
joué et à faire un tabac 18 ans après son enregistrement.
Les gens commencent à se demander si le Trio Mocotò
existeait encore et s'ils allait revenir. En même temps je
suis revenu à la musique avec le Yougoslave installé
au Brésil : Suba.
Suba a produit l'album de Bebel Gilberto. Ce mec a été
mon partenaire musical et nous nous sommes mis à la musique
électronique. On a fait son disque, mon disque et celui de
Bebel. Toute la partie rythmique de l'album de Bebel c'est moi.
Le producteur de Suba est un Brésilien installé à
New York, il s'appelle Béco Dranoff. Un jour Béco
me dit j'adore le samba rock de Jorge Ben et du Trio nommé
Mocotò. Je lui dis " Ah ! Non pas Trio Mocotò
Trio Mocotò c'est moi, vous n'avez pas lu les crédits
de l'album de Jorge Ben, il y a Joao Parahyba. Le " Comanche
" c'est moi."
" Non ce n'est pas possible ! Mais ils existent ! "
Je lui ai répondu que l'on était tous vivants
et que l'on jouait encore. C'est là qu'il m'a demandé
s'il était possible d'enregistrer à nouveau.
Je lui ai dit sans hésiter " oui, on peut ! "
C'est alors qu'il a pris la décision d'en parler avec Crammed
Discs pour qu'il nous trouve une boite de production au Brésil.
Ensuite Béco a découvert que Dj mac, Dj Patif, Amontovem,
7 boys link qui sont les grands Dj brésiliens connaissaient
le Trio Mocotò et que tout le monde nous samplait.
Ce qu'ils recherchent c'est le groove. Les musiques modernes utilisent
les grooves des années 70.
Du groove pour les "rave", pour danser. Les Dj adorent
Trio Mocotò.
Béco Dranoff nous a rapidement annoncé que Crammed
était intéressée et qu'elle était prête
à payer pour que l'on puisse enregistrer à nouveau.
Nous sommes entrés en contact avec Mario Coltado et il nous
a conseillés d'enregistrer " Vintage "
C'est à dire entrer en studio et enregistrer en live. Mais
nous avons toujours enregistré en live, avec Jorge Ben "
Força Bruta " a été enregistré
en une nuit, alors il n'y avait rien d'extraordinaire là
dedans.
Afrodeeeth : Incroyable !
Joao : Oui, c'est le retour du Jedi.
Afrodeeeth : Cet album est-il le premier d'une grande série
?
Joao : Oui, celui-ci est un premier pas, cela a été
une grande surprise pour nous tous, les jeunes de 15-25 ans nous
adorent au Brésil, et nous avons découvert qu'ici
en Europe aussi.
Les critiques du monde entier disent du bien de nous. Pourquoi?
Parce que le groupe apporte de la joie et de l'énergie. Nous
combattons la violence, le racisme et la guerre avec la joie de
vivre. Nous ne sommes pas des "Black
Rio" ( Ndlr: La samba rock qu'ils ont créée
avec Jorge Ben est associée à la révolution
culturelle 70's nommée Black Rio) nous sommes des "Black
Brazil"ce n'est pas politique c'est un mouvement de joie et
d'énergie. Nous avons fait une samba avec l'âme noire
brésilienne.
L'âme brésilienne est joyeuse et pleine d'espérance,
donc c'est aussi une force. Elle est dans la même ligne que
le funk mais un funk brésilien. Ce n'est pas de la musique
Soul américaine, où le noir est tristesse, chez nous
la Soul c'est la joie du noir. Nous représentons au Brésil
un métissage où toutes les religions, les races cohabitent
dans une énergie commune : la joie.
D'ailleurs le trio c'est un blanc (Joao), un noir (Nereu) et un
métisse (Fritz)
Dans l'album vous avez un titre qui s'appelle "Orixas"ce
sont les fétiches de la religion yuruba africaine que les
Brésiliens appellent "Candomblé" . Vous
n'êtes pas de Bahia il me semble?
Joao : Non, mais le "Candomblé"
tout le monde y croit au Brésil. C'est Fritz qui a composé
cette chanson.
Fritz : Oui en effet, ça faisait longtemps
que j'avais cette composition mais je n'avais pas trouvé
de paroles. Je voulais vraiment dire quelque chose d'important mais
je ne savais pas quoi au moment où je l'avais composée.
Ce que j'ai écrit par la suite dans cette chanson est tout
à fait vrai, je ne suis pas fanatique, mais ma foi est grande
et je veux qu'elle soit respectée.
Je vous écoute...
Fritz : Ok je te raconte. Je suis parti à
une fête de "candomblé" en 1999 j'étais
sur la "catarera" dans un endroit très haut qu'il
y là bas avec un guide spirituel. Il y avait un soleil merveilleux
puis subitement le temps changea en une pluie diluvienne. Mon guide
est resté très surpris et n'a pas arrêté
de parler et moi j'ai continué à demander tout ce
que j'avais à demander pour le passage vers l'an 2000 et
le changement de siècle.
Deux ans plus tard je reviens sur le même lieu avec cette
même personne et une de mes amies.
Le guide dès son arrivée s'est mis à parler
puis il dessina un cercle sur le sol. La pluie est revenue mais
seulement sur ce cercle, et trois minutes plus tard tout était
sec. Comment expliquez-vous ça?
C'est l'orixa qui s'est manifestée?
Fritz : Oui c'est ça. C'est pourquoi j'ai
écris "la pluie tombe, je suis content" cette pluie
forte tombe devant moi pour me confirmer que ce que j'ai demandé
deux ans auparavant a été entendu. C'est une musique
pour les "orixas".
Joao : Avant que l'on ne bascule vers l'an 2000, personne
au brésil, qui se dit être un pays afro-brésilien
a fait une musique en hommage au changement de siècle dans
la langue et la religion du Brésil qui le "candomblé".
Le titre "Orixas" dit exactement ça. Nous demandons
beaucoup d'amour et de joie, plein d'argent pour le monde en espérant
qu'il deviendra meilleur.
Il y a aussi de la magie dans le fait qu'un groupe qui n'a
pas joué depuis 24 ans puisse d'une façon aussi remarquable
revenir sur le devant de la scène avec l'aisance d'antan.
Comment se fait-il que vous soyez connectés de la sorte?
Joao : Parce que nous croyons aux même choses et à
cette force qui lutte pour le bien du monde. Notre position politique,
culturelle et religieuse représente le Brésil. Notre
Pays représente l'espérance. L'espoir pour un monde
ou les musulmans, les juifs, les catholiques, les blancs, les noirs,
les sémites et les métisses ont leur place. Il est
normal que nous soyons tous différents et la différence,
au brésil est interprétée comme une jolie chose.
Oh! Mais on pourrait croire vous êtes des mages modernes?
Joao
: Mais oui! Il y a un blanc, un noir et un métisse je
crois bien que nous sommes au complet pour une comparaison avec
les 3 Rois Mages...
Nous essayons de dire vrai, sans trahir la cause de notre cur,
de toute façon les choses parlent d'elles-mêmes..
Fritz : Notre retour s'est fait comme par enchantement. Nous
ne sommes pas de ces groupes qui reviennent 20 ans après
parce qu'il y a une nouvelle vague à prendre alors qu'ils
ne savent plus jouer ensemble parce qu'ils ont perdu la flamme et
à qui il ne reste la prétention.
Nous n'avons pas joué ensemble pendant 20 ans et le jour
où cette force nous a réunis nous étions prêts.
La musique est venue à nous de la même façon
qu'il y a trente ans, quand nous nous sommes rencontrés avec
Jorge Ben
C'est formidable, effectivement vous donnez de l'espoir...
Joao : Il y a un guitariste américain, Robert Flipps
qui dit "la musique est dans l'univers et elle choisit celui
qui le plus ouvert pour la reçevoir. Si tu as du respect
pour la musique elle viendra à toi.
Fritz : Oui, parce qu'aujourd'hui il y a des gens qui trichent,
faisant semblant de jouer. Ils s'en foutent des mélodies
et des paroles, c'est l'argent qui motive leurs créations.
Les groupes de Samba au Brésil par exemple ne jouent rien,
c'est très faible. La dernière fois que l'on a été
à Bahia Joao a pris un tambour et les percussionnistes du
groupe sont restés époustouflés. Pourquoi ?
Parce que Joao joue depuis toujours très sérieusement,
Nereu avec son tambourin qui n'a l'air de rien en a la maîtrise
parfaite et peut sortir le son qu'il veut, quand il veut, aussi
longtemps qu'il le faut, voilà tout. La musique reste quelque
chose de spirituel qui ne peut se faire sans être réellement
concerné.
Sur votre disque vous avez invité Luis do Monte (Guitares),
Gilberto "giba" da Silva Pinto (basse) et Roberto Lazzarni
(Piano, Fender Rhodes). Est-ce qu'ils seront avec vous pendant la
promotion de cet album ou allez vous assurer la scène tous
les trois?
Joao : A partir de demain, les scènes se feront avec
tous les musiciens, nous serons 6 sur scène.
Comment avez vous choisi ces musiciens qui ont participé
à l'album?
Joao : Ce sont des musiciens qui avaient déjà
travaillé avec nous et notamment avec moi. Ces musiciens
sont remarquables, ils jouent avec avec Gilberto Gil, Djavan
ou encore Caetano Veloso nous faisons appel au trompettiste
et au saxophoniste de Jorge Ben. Le jour du lancement du
disque du trio ce même trompettiste à commencer à
chanter une de nos plus ancienne chanson et les autres musiciens
beaucoup plus jeunes connaissaient nos chansons ce qui veut dire
que plusieurs générations de musiciens aiment notre
musique, ça fait du bien, il y a une véritable synergie.
Une dernière chose, comment avez-vous réussi
à tenir le groove aussi bon et aussi fort ?
Le groove que nous avions était déjà
bon, nous avons crée la samba rock, c'était le meilleur.
Et puis maintenant il y a l'expérience donc plus de maturité,
et une expérience de vie positive. C'est la force positive
qui t'aide à tenir face à l'adversité de la
vie et puis quand nous nous retrouvons les musiciens cela nous anime
d'une grande joie, une grande énergie qu'il est nécessaire
d'avoir quand on veut donner du rythme. C'est tout cet ensemble
de chose qui donne un groove solide quelque chose qui accroche les
gens.

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label : ziriguiboom
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